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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 13:01

LE PAVILLON DANS LES DUNES (ou LE PAVILLON SUR LA LANDE) de Robert Louis Stevenson

extrait des Nouvelles Mille et une Nuits (1882)

Gallimard, 2001 - Phébus, 2001 - Folio Junior n°1226, 2003

 

stevenson - le pavillon dans les dunesExtrait lui aussi des Nouvelles Mille et Une Nuits de Robert Louis Stevenson (voir Le Diamant du rajah), Le pavillon dans les dunes se rattache à l’aventure que l’écrivain développera l’année suivante dans L’Ile au trésor. L’idée du « fort » (ici, en fait, le pavillon du titre) assiégé constituera d’ailleurs l’un des épisodes du grand roman de piraterie de Stevenson, que l’on retrouve dans d’autres classiques du genre (L’Ile mystérieuse de Jules Verne et L’Ile de Robert Merle notamment). Point de pirates, cependant, dans ce récit : ce sont des carbonari (littéralement « charbonniers », membres d’une société secrète en Italie, luttant pour l’établissement d’une démocratie) qui assiègent le pavillon dans lequel sont retranchés les personnages du roman. Dans l’ombre la plupart du temps, figures mystérieuses mais soumises à un code d’honneur sur lequel nous renseignent leurs actes, les Italiens réclament vengeance après que le banquier Huddlestone a perdu dans des opérations frauduleuses les fonds qu’ils lui avaient confiés.

Stevenson confie la narration du récit, à la première personne, à un solitaire, vagabond par choix et non par nécessité (puisqu’il perçoit une rente qui lui permet de vivre sans s’inquiéter du lendemain), qui fuit la compagnie des hommes et parcourt l’Angleterre avec sa roulotte. Revenu sur les lieux où il partagea plusieurs années durant la retraite de son « ami » Northmour, un être aussi misanthrope que lui mais plus ombrageux et violent, ce narrateur, Frank Cassilis, est témoin d’événements mystérieux se déroulant autour du pavillon qu’ils partagèrent dans leur jeunesse. Il y voit débarquer plusieurs personnes dont, en plus de Northmour, un grand vieillard et une jeune femme. Cette dernière apporte au récit l’élément romantique qui contrebalance l’aridité des caractères masculins. Le narrateur ne cache pas qu’elle deviendra sa femme, ce qui donne d’emblée à leur relation la dimension de l’amour d’une vie. Morte déjà au moment où Cassilis fait ce récit, elle a passé auprès de lui les années de bonheur qui commencèrent dans les circonstances romanesques et dangereuses du Pavillon dans les dunes. A un moment du récit, d’ailleurs, en l’appelant « votre mère », le narrateur trahit les véritables destinataires de ce récit, ses propres enfants ; moment d’autant plus étrange dans le roman qu’à aucun autre endroit il n’est fait mention des enfants, ni de l’idée que le récit s’adresse à des destinataires précis.

Si la traduction de Charles Ballarin pour l’édition Folio Junior (Gallimard, 2001) choisit de placer le pavillon « dans les dunes », celle d’Isabelle Py Balibar pour l’édition Phébus (2001 également) le place « sur la lande ». La raison en est le terme employé par Stevenson, links (le titre original étant The Pavilion on the links), qui désigne, selon l’auteur lui-même, « du sable qui a cessé de se déplacer et se trouve couvert d’une végétation plus ou moins dense » (Ballarin), ou « le sable qui a cessé de former des dunes et a été recouvert d’une couche de gazon plus ou moins ferme » (Py Balibar) – ou encore, selon le texte original, « sand which has ceased drifting and become more or less solidly covered with turf ». La traduction porte évidemment à conséquence puisqu’elle oriente l’imaginaire du lecteur, le décor de l’histoire étant d’une grande importance dans ce récit d’atmosphère, rappelant ces histoires qui se déroulent près des côtes, anglaises le plus souvent, comme L’auberge de la Jamaïque (Daphné du Maurier, adaptée au cinéma par Alfred Hitchcock) ou les livres de Iain Lawrence, Les contrebandiers, Les naufrageurs en particulier. Dunes ou lande, le pavillon se situe en tout cas entre la mer et une forêt plantée pour faire obstacle au vent et au sable ; entre la mer et les links s’étend la plage, sur laquelle il est dangereux de s’aventurer car elle mène à des sables mouvants que seule recouvre la mer montante. Chacun de ces lieux, ainsi que le village de pêcheurs et le manoir de Northmour, inhabitable car envahi par le vent et l’humidité, compose le cadre du récit et lui confère une consistance romanesque complétée par les caractères.

Tout misanthropes qu’ils sont, Cassilis et Northmour se distinguent par leurs qualités morales. Pour les besoins de l’intrigue, le caractère plus ombrageux de Northmour en fait un personnage plus imprévisible, inquiétant, alors que Cassilis apparaît plus chevaleresque, soumettant ses actions comme ses émotions à une exigence morale que raille volontiers Northmour. L’idée que ces deux hommes n’aient jamais supporté d’autre compagnie que la leur, et encore jusqu’à ce qu’une querelle les sépare pour des années, les présente comme des êtres d’exception, qui ne se reconnaissent pas dans la société de leur temps, refusant les règles mondaines aussi bien que sociales élémentaires. Tandis que Northmour se retire entre les murs de son pavillon ou dans les courants d’air de son manoir, dans un cadre romantique à souhait, Cassilis, lui, choisit l’errance, l’absence d’attaches qui lui permet de se rêver citoyen du monde. Tous deux cependant apparaissent comme des personnages intimement liés à la nature, dont ils revendiquent la liberté autant que le caractère mystérieux, insaisissable, « sauvage ». Amis d’un genre particulier, qui se tolèrent plus qu’ils ne s’aiment, les deux hommes sont des adversaires toujours romanesques car aucun d’eux n’est réellement antipathique, comme peut l’être par exemple le banquier Huddlestone. Encore celui-ci se révèle-t-il lui-même intéressant quand l’occasion est donnée de l’appréhender autrement que par l’histoire tourmentée qui l’amène à partager, un temps, le destin des deux autres. Quant à sa fille Clara, toute de beauté et de délicatesse, alliant l’élégance d’une reine et la fermeté d’une amante qui ne se soumet en rien, elle se trouve emportée dans cette tourmente et devient l’enjeu de la lutte souterraine que se mènent Cassilis et Northmour pour sa possession. La dilation de cette lutte, remise à plus tard par la nécessité de faire corps contre l’assaut des Italiens, ne fait que ressortir son âpreté, les trois personnages qu’elle met en cause étant tous séduisants, quoique par des caractères différents, et impérieux.

Le pavillon dans les dunes est fondé sur le mystère et l’attente. Il développe une situation d’une grande simplicité en respectant l’unité de lieu et de temps – même si le pavillon, lieu principal, est complété par les autres lieux que l’on a cités plus haut. Stevenson construit le mystère en confiant l’exposé des faits à Cassilis, qui ignore les tenants et les aboutissants de ce qu’il observe. Il maintient dans l’ombre la personnalité de Northmour en l’esquissant à travers les souvenirs de Cassilis avant de faire intervenir le personnage dans le récit, en tant que silhouette d’abord, puis en tant qu’acteur. Une fois les données de l’histoire révélées, le récit se concentre sur l’angoisse que suscite l’attente, le pavillon étant l’objet non seulement de l’attention constante du narrateur mais aussi de la surveillance, plus secrète, révélée progressivement, des carbonari. Enfin, les destins des protagonistes se lient irréductiblement à la fois dans la rivalité amoureuse et dans l’alliance qui les réunit tous dans l’étroit pavillon assiégé. On trouve alors ce que Stevenson reprendra dans l’épisode du fortin de L’Ile au trésor, l’angoisse de l’incertitude, l’anxiété de l’attente, ponctuée par des tractations entre les deux camps : ici, c’est l’argent que déposent Northmour et Cassilis à quelques pas du pavillon, assorti d’une lettre aux assiégeants et d’un drapeau blanc, symbole à forte teneur romanesque que l’on retrouve dans L’Ile au trésor.

Stevenson insiste ainsi sur l’atmosphère et sur les signes autant que sur les lieux et les caractères, donnant au récit une densité captivante, même s’il s’y passe relativement peu de choses. La retenue même du narrateur, le style maîtrisé dans lequel Stevenson déroule son récit, fait ressortir le trouble intérieur des personnages, la violence contenue de l’histoire, qui culminent dans la lutte promise entre Cassilis et Northmour. Bien que Stevenson ne taise pas l’émotion parfois extrême des personnages, la densité de son récit repose aussi sur une part de non-dit dans laquelle se concentre la force des caractères. Thierry LE PEUT

Personnages :

Frank Cassilis, le narrateur – Robert Northmour – Clara Huddlestone – Bernard Huddlestone, son père – Aggie, la vieille nourrice – les carbonari – le tenancier de la taverne de Graden-Wester

Les chapitres :

(Attention : les résumés révèlent l’ensemble de l’histoire !)

I – Où tandis que je campais dans la forêt côtière de Graden je vis une lumière dans le pavillon

Le narrateur s’installe avec sa roulotte à proximité du pavillon de Northmour. Une nuit, y voyant de la lumière il croit au retour de Northmour ; mais, le lendemain, la maison est toujours fermée. Il y entre par une fenêtre et découvre que la maison est vide mais prête à recevoir des invités.

II – Débarquement nocturne

Le narrateur, caché, assiste au débarquement de Northmour, d’un grand viaillard et d’une jeune femme. Se signalant par la voix, il est brusquement assailli par Northmour qui le blesse avec un poignard. Il s’enfuit.

III – Où le lecteur apprendra comment je fis la connaissance de ma femme

Le narrateur observe la jeune femme, qui se promène sur la grève tantôt accompagnée de Northmour, tantôt seule. Il l’aborde lorsqu’elle se dirige vers les sables mouvants. Elle s’attache et se confie à lui au fil de leurs rencontres.

IV – Où l’on verra de quelle surprenante manière j’appris que je n’étais pas seul dans la forêt de Graden

Le narrateur conte l’histoire de Clara et du banquier Huddlestone. Il se rend au village pour en apprendre davantage dans les journaux et y aperçoit plusieurs Italiens. Il est réveillé la nuit suivante par une lumière et comprend que quelqu’un s’est approché de lui dans son sommeil avec une lanterne.

V – Récit d’une rencontre à trois

Northmour surprend Cassilis et Clara durant l’une de leurs rencontres. Il déclare qu’il ne renoncera pas à Clara, que le narrateur considère déjà comme sa femme.

VI – Où l’on apprend comment je fis la connaissance du grand vieillard

Le narrateur accompagne Northmour dans le pavillon et rencontre Bernard Huddlestone, qu’il trouve antipathique. Le vieillard est alité, mangé par la fièvre et la peur.

VII – Où l’on entend un cri à la fenêtre du pavillon

Les assiégés se préparent à résister. Ils déposent l’argent du banquier dans une mallette à l’intention des assiégeants mais ceux-ci semblent déterminés à tirer vengeance de Huddlestone.

VIII – Où l’on raconte quels furent les derniers moments du grand vieillard

Les Italiens mettent le feu au pavillon, forçant ses occupants à sortir. Huddlestone est abattu, les autres s’enfuient.

IX – Où il est dit comment Northmour mit sa menace à exécution

Cassilis et Northmour prennent soin de Clara, transportée au campement de Cassilis. Les deux hommes s’affrontent. Northmour s’incline finalement devant l’attachement profond de Cassilis à Clara, et s’en va sur son bateau le Red Earl. Le dernier paragraphe nous apprend qu’il sera plus tard tué en luttant « sous les couleurs de Garibaldi pour la libération du Tyrol ».

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