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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 09:35

LE DIAMANT DU RAJAH de Robert Louis Stevenson

extrait des NOUVELLES MILLE ET UNE NUITS, 1882

Gallimard, 2001 - Folio Junior n°1178, 2002

 

stevenson - diamant du rajahEn 1882 puis en 1885, Robert Louis Stevenson publie Les Nouvelles Mille et Une Nuits, une série de récits que le narrateur attribue à un conteur arabe. Si certains sont très courts, d’autres sont de petits romans découpés en plusieurs « histoires » ou « aventures ». C’est le cas de Le diamant du Rajah. Publié seul en édition pour la jeunesse, comme d’autres segments des Nouvelles Mille et Une Nuits, le récit se voit coupé de la dynamique du recueil et les allusions au « conteur arabe » ne sont alors pas toujours expliquées (c’est le cas dans l’édition Folio Junior). Certains personnages circulent d’une histoire à l’autre, comme le prince Florizel.

Dans Le diamant du Rajah, Stevenson fait preuve d’une ironie légère qui confère au récit un air de satire tout en donnant la primauté à l’intrigue, non sans ménager de nombreux effets comiques. Le lecteur peut ainsi trembler avec ou pour les personnages, tout en s’amusant des péripéties. En adoptant dans chacune des quatre parties le point de vue d’un personnage différent, mais toujours à la troisième personne, l’écrivain relance à chaque fois l’intérêt de l’histoire et donne à l’intrigue la complexité nécessaire au genre policier ; si les quatre parties se succèdent dans le temps, chacune apporte des révélations nouvelles qui conduisent à l’élucidation finale, et le fait de placer chaque segment sous les auspices d’un nouveau personnage transforme l’histoire en une enquête menée non par un mais par plusieurs personnages – le lecteur étant finalement l’un d’entre eux. Comme le lecteur, chacun des personnages tente de comprendre les événements dont il est témoin.

 

Histoire du carton à chapeaux

 

Point de vue de Harry Hartley.

Harry Hartley est un jeune homme bien éduqué mais peu compétent et plutôt paresseux qui trouve un emploi de secrétaire chez l’ombrageux général Vandeleur. Ce dernier est devenu riche grâce au Diamant du Rajah, rapporté de ses campagnes en Inde. Il a épousé une jeune femme élégante mais vénale et dépensière qui, un jour, confie au jeune Hartley, dont elle a fait son propre secrétaire, un carton à chapeaux à livrer impérativement à un homme précis, dans une maison précise. Hélas pour le pauvre Hartley, rien ne se déroule comme prévu : surpris par le général qui soupçonne un complot, il doit fuir et ne réussit qu’à perdre l’essentiel du contenu du carton à chapeaux, à savoir une quantité prodigieuse de bijoux, dont le Diamant du Rajah, emportés par un vil jardinier et un alerte vagabond.

La comédie domine cette partie de l’histoire, tant par la personnalité de Hartley que par l’enchaînement des incidents invraisemblables qui contrarient sa mission. Harry Hartley disparaît ensuite de l’aventure et les seuls personnages que l’on reverra sont le général Vandeleur et un jeune ecclésiastique tout juste croisé dans l’une des pages de cette partie.

Personnages : le général Thomas Vandeleur – lady Clara Vandeleur – Harry Hartley – Charlie Pendragon, le frère de lady Vanderley – le révérend Simon Rolles – le jardinier Raeburn – une femme de chambre séduisante

 

Histoire du jeune ecclésiastique

 

Point de vue du révérend Simon Rolles.

Le révérend Simon Rolles est un jeune et brillant ecclésiastique promis sans doute à une belle carrière. Mais sa route croise celle de Harry Hartley et du vil jardinier, chez lequel il loue une chambre – et, pour son malheur, elle croise aussi le fabuleux Diamant du Rajah, joyau de la fortune contenue dans le carton à chapeaux, « oublié » par Harry et le jardinier. L’histoire du révérend s’ouvre sur cette rencontre déjà narrée dans la première partie du récit puis gagne son autonomie lorsque le jeune ecclésiastique, décidant de conserver le diamant, renonce à sa sainte carrière et se tourne vers une vie criminelle. Le joyau étant bien trop connu et bien trop gros pour pouvoir être revendu, l’ecclésiastique cherche à se renseigner sur l’attitude à suivre ; il s’intéresse donc aux diamants et aux criminels, demande conseil à un homme dans l’un de ces clubs londoniens fréquentés par des gens de qualité, espionne une conversation entre cet homme et un formidable aventurier, puis s’allie avec ledit aventurier qui fait profession de chasseur de diamants. Aventurier qui se trouve être le propre frère du général Vandeleur. Quant à l’homme distingué rencontré au club, il s’agit du prince Florizel, qui reparaîtra, comme l’aventurier et l’ecclésiastique, dans la suite du récit.

Le mystère supplante ici la comédie et l’on voit se mettre en place le trio qui gouvernera la conclusion du récit dans les deux parties restantes. Les propos du prince Florizel durant sa conversation avec John Vandeleur (« ex-dictateur du Paraguay » !) mettent en lumière le propos de l’histoire elle-même qui est de démontrer le pouvoir maléfique de joyaux comme le diamant du Rajah : « Des joyaux d’une telle valeur devraient être réservés à la collection d’un prince ou au trésor d’un grand pays. Les laisser circuler parmi le tout-venant, c’est mettre à prix la tête de la Vertu ; si le rajah de Kashgar, qui est, à ce que je sais, un homme des plus éclairés, avait voulu se venger de nous autres Européens, il n’aurait pu s’y prendre mieux qu’en nous envoyant cette pomme de discorde. Aucune honnêteté ne résisterait à une telle épreuve. Moi-même, qui ai bien des responsabilités, et de nombreux privilèges, moi-même, monsieur Vandeleur, j’aurais du mal à résister si je tenais ce cristal enivrant entre mes doigts. » On verra à la fin du récit ce qu’il advient en effet du prince sur ce chapitre.

Personnages : le révérend Simon Rolles – le jardinier Raeburn (évoqué) – Harry Hartley (évoqué) – le prince Florizel – John Vandeleur

 

 

Histoire de la maison aux stores verts 

 

Point de vue de Francis Scrymgeour.

Francis Scrymgeour est un jeune homme de vingt-cinq ans, employé à la banque d’Ecosse à Edimbourg. Il mène une vie tranquille chez ses parents. Un jour, il s’entend faire une offre attrayante dans une étude d’avoués : un inconnu s’engage à lui verser cinq cents livres de rente annuelle s’il se plie à deux conditions ; la première est de se rendre à Paris un dimanche pour y assister à une représentation théâtrale, la seconde de se conformer à la volonté de son bienfaiteur en ce qui concerne le choix d’une épouse. Mais la nouvelle la plus choquante est la révélation que lui fait le notaire : le bienfaiteur en question serait son père véritable, car Francis Scrymgeour a été adopté ! Intrigué, le jeune homme se rend à Paris et entreprend, avant même le fameux dimanche, de mener sa propre enquête. Il trouve ainsi, à leur insu, John Vandeleur et le révérend Rolles, et emménage au-dessus du jardin du premier, qu’il croit être son père, où il s’emploie à observer ce qui se passe chez le riche aventurier. Les événements, souvent incompréhensibles pour lui, le conduisent à faire la connaissance de la fille de Vandeleur – tout à fait charmante – et à être témoin de ce qu’il croit être un crime. Quittant sa position d’observateur, il devient acteur de l’aventure et se retrouve avec le diamant du Rajah en poche, sous la protection providentielle du prince Florizel qui met finalement bon ordre dans cette histoire compliquée.

La troisième partie, qui conduit l’aventure à son dénouement en ne laissant plus qu’un point à éclaircir, est la plus policière de toutes. Le « détective » est ici un jeune homme entraîné malgré lui dans une histoire dont il ne maîtrise ni les tenants ni les aboutissants, où John Vandeleur apparaît comme un personnage de plus en plus redoutable mais où l’on voit poindre aussi un élément romantique avec l’entrée en scène de la fille du chasseur de diamants. Le général Vandeleur reparaît dans l’aventure et surtout le prince Florizel, véritable deus ex machina qui prend en charge la résolution de l’affaire. La conclusion de cette partie laisse le prince avec le diamant du Rajah en poche.

Personnages : Francis Scrymgeour – John Vandeleur – la fille de Vandeleur – le prince Florizel – le notaire – les parents de Scrymgeour – le concierge parisien

 

Aventure du prince Florizel et du détective

 

Point de vue du prince Florizel.

Il ne reste donc plus qu’à savoir ce que le prince va faire du fabuleux joyau qui a suscité tant de convoitises. La dernière partie, plus courte, se présente ainsi comme un épilogue plutôt que comme une nouvelle « histoire ». Le prince y est interpellé par un détective qui l’informe que John Vandeleur l’a accusé du vol du diamant et le prie de l’accompagner à la préfecture. Le prince sera-t-il compromis après avoir dénoué l’écheveau complexe du vol du diamant ? Sera-t-il, comme il le dit lui-même, la dernière victime du « pouvoir maléfique » du Diamant du Rajah ? « Que Dieu me vienne en aide ! se dit-il. Si je le regarde encore, je finirai par devenir cupide à mon tour. » On laissera au lecteur le soin de découvrir par lui-même ce qu’il advient finalement, mais qu’il sache que la conclusion ultime du récit laissera le prince dans une situation inédite et surprenante !

Ici se fait jour la dimension fantastique du diamant, qui n’apparaît plus seulement comme l’objet, passif, des convoitises mais comme une volonté agissante, et diabolique, menant les hommes à leur perte.

Personnages : le prince Florizel – le détective

 

Une adaptation en bande dessinée a été envisagée en 2006 mais non retenue par les éditeurs. Scénario : Messina. Dessins : Marmou. Couleurs : Caroline Houdelot. En voici quelques planches et les études de personnages : 


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