SUNSHINE CLEANING, de Christine Jeffs
en salles depuis le 11 juin 2009

Attachant mais dispensable
Peter Saraf, Marc Turtletaub et Jed Brody étaient producteurs de Little Miss Sunshine en 2006 ; c'est le producteur Glenn Williamson, lui-même impliqué dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, qui les a branchés sur le projet de Sunshine Cleaning, inspiré à la scénariste Megan Holley par un reportage radio sur un type d'entreprise en plein essor : celui du nettoyage des scènes de crime. Cela fait beaucoup de Sunshine ! De fait, Sunshine Cleaning évoque immédiatement Little Miss Sunshine par ses couleurs (le jaune y est présent dès le générique) mais aussi par la présence du comédien Alan Arkin, grand-père dans Little Miss Sunshine, qui tient ici un rôle très similaire. Le ton des deux films n'est pas sans analogie lui aussi, entre drame et comédie, routine incolore du quotidien et désir d'en sortir, ancrage dans le drame et grain de folie ponctuel.
L'histoire : Rose Lorkowski, jadis la star des pom-pom girls de son lycée, gagne sa vie en faisant des ménages. Elle élève seule son petit garçon de presque huit ans tout en veillant sur sa soeur Norah, incapable de garder un boulot, et en comptant sur leur père (Alan Arkin) pour garder régulièrement le petit Oscar. Lequel inquiète son institutrice et le directeur de l'école par ses excentricités récurrentes : la dernière en date, la manie de tout lécher, jusqu'à la jambe de son institutrice, pousse Rose à le retirer de l'école, qui veut lui imposer un traitement médicamenteux. Le grand-père, lui, est convaincu que son petit-fils est un génie incompris, et il le traîne dans ses plans plus ou moins inspirés pour gagner de quoi vivre en démarchant les commerces locaux avec des produits achetés au rabais ou au "marché noir". La vie de Rose n'offre finalement qu'une fenêtre de relative sérenité : ses rencontres au motel avec Mac, un policier, marié à une ancienne rivale du lycée. C'est Mac qui lui parle d'un marché florissant, celui du nettoyage des scènes de crime, après une de leurs parties de jambes-en-l'air. D'abord réticente, Rose comprend qu'elle n'a pas le choix: si elle veut inscrire Oscar dans une école privée et assister sans être humiliée à la fête qu'organise une ancienne amie du lycée pour célébrer la naissance prochaine de son deuxième enfant, elle doit changer de vie. Elle se lance donc dans la course, entraînant Norah avec elle.

L'activité de nettoyage fournit au film matière à des scènes plus ou moins inspirées : de ce point de vue, les réactions des personnages n'ont rien de très original ni de surprenant. Ces scènes servent surtout à rapprocher les deux soeurs et à révéler le secret qui les tourmente depuis l'enfance : le suicide de leur mère, qu'elles ont trouvée baignant dans son sang alors qu'elles étaient encore gamines. Elles concentrent les éléments de drame et de comédie du film : le contraste entre l'aspect glauque de l'activité et les situations cocasses qu'elle génère, la nécessité pour les deux soeurs de surmonter la blessure de l'enfance, la perte de la mère et leurs propres insuffisances (l'incapacité à se construire une vie adulte, à mener de front vie de famille et activité professionnelle, à surmonter leur manque de confiance en elles).
Le scénario, tout en se concentrant sur les soeurs, déroule plusieurs lignes qui ne sont pas forcément menées jusqu'à leur terme attendu. Ayant découvert parmi les affaires personnelles d'une morte des photos de sa fille, Norah décide de retrouver celle-ci afin de lui remettre ces photos, cherchant en fait à surmonter le chagrin de la perte de sa propre mère. Rose rencontre un manchot sympathique et timide passionné de maquettes, auquel s'attache son fils Oscar et qui, de toute évidence, en pince pour elle ; sans que rien ne se concrétise entre eux, hormis le fait d'inviter le manchot à la fête d'anniversaire d'Oscar. Le film suit le parcours de ces personnages à un moment important pour les deux soeurs, mais la suite de leurs vies reste à écrire : la dernière image de Norah la voit en route pour un voyage dont on ne sait rien, mais qui suggère simplement qu'elle a surmonté le "bloquage" qui l'empêchait d'avancer ; la relation de Rose avec le manchot (Winston) évoluera peut-être, peut-être pas ; la nouvelle entreprise du père de Rose sera peut-être un succès, peut-être pas ; quant à l'avenir d'Os
car, il est également incertain. Au cours du film, toutefois, des décisions sont prises qui laissent augurer un avenir moins problématique. Les personnages se prennent en main et réussissent à influer sur le cours de leur vie.
L'une des réussites du film tient à la façon naturelle d'entrer dans la vie des personnages et de les suivre, sans dramatisation excessive. Si les personnalités sont attachantes, si les situations sont cocasses, Sunshine Cleaning n'a pas en revanche le côté déjanté de Little Miss Sunshine. C'est peut-être ce qui lui manque ; mais, d'un autre côté, c'est aussi ce qui caractérise le mieux le film, tranche de vies ordinaires dans une ville lambda (en l'occurrence Albuquerque, au Nouveau-Mexique). L'intérêt que l'on porte au film dépend sans doute essentiellement de la manière dont on aborde cet aspect "ordinaire" : la trame, linéaire, n'est jamais surprenante ; les personnages, puisqu'ils ne sont pas excessifs, ne s'inscrivent pas dans la mémoire avec la même persistance que ceux de Little Miss Sunshine ; la relation de Rose avec Mac est très convenue, comme d'ailleurs la petite fête où Rose est affrontée và ses anciennes amies de lycée... Le film est attachant malgré cela, mais en rebutera probablement certains, peu convaincus par les bons sentiments et
plus exigents avec l'histoire. Car Sunshine Cleaning, porteur d'une "morale" optimiste, comporte aussi des scènes où le sentiment d'inachevé exprimé plus haut se double d'une certaine complaisance à l'égard des clichés : ainsi des deux scènes où le petit garçon puis la mère (Rose) se servent de la CB du camion pour s'adresser à Dieu ou aux morts ; de celles de la fête pré-natale et de l'incendie de la maison provoqué par une maladresse de Norah ; ou de celle, encore, de Norah effrayant le petit Oscar avec une histoire d'homme-homard durant une soirée dce baby-sitting. Tout cela est amusant, cocasse, mais également d'un conventionalisme absolu dont le film peine à se dégager.
Mais on peut aussi retenir, justement, le "message" positif que délivre le film, au terme duquel les personnages arrivent enfin au seuil d'une vie plus épanouie, assumée. Et le visage des deux soeurs devant leur poste de télévision diffusant un programme à mille autres pareil, et pourtant unique. Leur intérêt pour les scènes montrant des serveuses (métier pour lequel Norah s'est montrée peu douée), intérêt souligné plusieurs fois au cours du métrage, trouve son explication au cours du film, et son aboutissement dans cette scène larmoyante mais émouvante. Elle est à elle seule la preuve que les personnages sont parvenus à une résolution, et que la fin du film marque un nouveau départ. Leur avenir s'ouvre devant eux comme la route devant les roues de Norah. TLP
Pour prolonger le film : le nettoyage des scènes de crime
Sunshine Cleaning
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