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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 19:21

WAYLANDER de David Gemmell

1986 - Bragelonne (France), 2001 - Milady, 2008

 

Héroïsme vagabond

waylander-525-1Publié en 1986 par David Gemmell mais en 2001 en France par Bragelonne, Waylander a pour héros un Assassin, meurtrier du roi drenaï, dont le pays est désormais envahi par les Vagrians, de puissants voisins. On serait tenté bien sûr de parler d’anti-héros mais la distinction aujourd’hui n’a plus tant de sens. Assassin, Waylander est un tueur sur le chemin de la rédemption, apprenant à redécouvrir l’amitié, l’amour et la loyauté que le massacre de sa famille par des pillards avait fait disparaître de son existence ; devenu meurtrier par vengeance puis par profession, il ne parvient plus à se « protéger » de sentiments qu’il croyait bannis à jamais. Paria, il est traqué à la fois par les Drenaïs et par les Vagrians, dont le roi Kaem a commandité le meurtre du roi drenaï mais veut aujourd’hui la tête de son Assassin, responsable de la mort de son propre fils.

 

Sur cette base, Gemmell s’attache à plusieurs personnages autour de Waylander : Danyal, dont il s’éprend malgré lui, Dardalion, le prêtre-guerrier dont il sauve la vie en lui faisant don de son sang, Durmast, l’ami-assassin vénal et sans honneur, Gellan, Jonat et Sarvaj les guerriers, Karnak, le général, héros haut en couleurs préoccupé de construire sa propre légende et finalement surpris par son propre héroïsme… Une galerie de personnages mus par des désirs et des aspirations contradictoires, sujets au doute, emportés par la fureur de la guerre, condamnés à mourir ou, pour certains d’entre eux, à vivre.

 

En relatant les événements dans lesquels sont impliqués ces personnages, Gemmell interroge leurs motivations et s’attache, par quelques fenêtres ouvertes sur leur passé, à mettre leurs vies en perspective. On apprend ainsi ce qui poussa Waylander à devenir un Assassin, Karnak un soldat en mal de gloire, ou Dardalion un prêtre condamné à trahir sa foi pour mieux la préserver. Tous se caractérisent autant par leurs actes que par leurs doutes et illustrent en définitive la difficulté de donner un sens à l’existence, en s’adaptant aux circonstances, en agissant malgré eux, souvent contre leurs propres désirs. C’est ce qui donne au roman une atmosphère sombre et âpre : bien que l’enjeu soit la victoire, dès les premières pages c’est de défaite qu’il est question, et de personnages qui font le bien malgré eux, sans en éprouver autre chose qu’une immense lassitude. Ainsi Waylander rencontre-t-il plusieurs assassins qui meurent finalement en voulant racheter leur existence entière par un acte de bravoure à l’opposé de ce qu’ils furent leur vie durant. Le motif est romanesque à souhait, mais il s’inscrit dans le ton désenchanté qui baigne toute l’histoire, jusqu’au dénouement sanglant dont aucun personnage ne semble devoir sortir indemne. L’épilogue achève d’imposer cette idée que, quoi que l’on fasse, l’issue est toujours tragique, les victoires d’un jour n’étant que des épisodes dans une existence sanctionnée par la mort.

 

waylanderMais en dépit de cet « à quoi bon ? » déprimant – et les personnages de Gemmell ne respirent pas franchement la joie de vivre – tous ces personnages démontrent par leurs actions que le choix demeure toujours, quelles que soient les circonstances. La guerre, le pillage, la mort les environnent, certes, et même les poursuivent, mais l’héroïsme les sauve. Qu’il soit délibéré ou imposé, fruit d’une volonté ou simplement des circonstances, effet d’une qualité de cœur ou d’un calcul politique, cet héroïsme est le fil directeur du roman. Au fond, qu’est-ce qu’un héros ? Très souvent, chez Gemmell, c’est un mélange d’égoïsme et de générosité, de pragmatisme et d’idéalisme. En explorant le cœur et l’esprit de ses personnages en proie au doute, Gemmell rejette le manichéisme et ancre sa fiction dans l’humanité la plus rude. Ce qui n’est, au fond, que l’une des caractéristiques fondamentales de l’heroic fantasy, beaucoup plus proche des chansons de gestes que de la littérature de gare.

Thierry LE PEUT

 

Les personnages

 

Waylander, l'assassin. Le Voleur d'Ames, la Lame du Chaos. Il s'appelait jadis Dakeyras, avait une famille. Quand celle-ci fut assassinée par des pillards, il les traqua et les tua, puis sa vie ne fut plus que vengeance, haine et meurtre. Il devint un Assassin. Pourtant, une part de lui-même reste Dakeyras et aspire à retrouver le bonheur perdu. Avec Danyal, peut-être ? En attendant, n'ayant rien à perdre, il accepte de partir en quête de l'armure du roi Orien, bien que cette mission soit sans espoir.

 

Dardalion, prêtre de la Source, presque tué par des brigands, sauvé et soigné par Waylander. Ce geste lie les deux hommes irrémédiablement : en faisant boire son sang à Dardalion peu de temps après, Waylander le sauve à nouveau mais développe également en lui le désir de combattre, le transformant en prêtre guerrier, désormais paria aux yeux des prêtres de la Source. Certains jeunes prêtres le prennent pourtant pour exemple et se joignent à lui, formant les Trente. Ils seront (presque) tous décimés. Dardalion est en proie au doute tout au long du roman, mais il est convaincu que l'inaction prônée par les prêtres de la Source est un mauvais choix, et qu'il faut au contraire se battre contre les Vagrians.

 

Danyal, trois fois violée par des guerriers. Avec les enfants qu'elle protège, elle échappe à des bandits puis se joint à Waylander et Dardalion. Elle éprouve de la répulsion, de la haine et de l'amour pour Waylander, qu'elle suivra durant la plus grande partie de son aventure.

 

Durmast, assassin comme Waylander. Vénal, il ne s'associe à Waylander au lieu de le livrer en échange de la prime que pour s'emparer de l'Armure et remettre ensuite l'objet et l'assassin aux Vagrians. Il escorte une caravane pour la livrer à des nomades assassins (les Nadirs) mais accompagne finalement Waylander dans sa quête, où il finira par jouer un rôle inattendu.

 

Karnak, général drenaï. Une "force de la nature", entendez : un personnage énorme. Un héros, pourtant. Un politique, aussi, qui use de l'héroïsme comme d'un moyen de parvenir au sommet du pouvoir. Karnak construit sa légende avec application, au point d'en devenir lui-même la dupe : à force de vouloir paraître un héros, il en devient un effectivement.

 

Gellan, officier de l'armée drenaï. Ancien ami de Dakeyras, il aurait dû prendre sa retraite peu de temps avant la mort du roi et la guerre contre les Vagrians. Aujourd'hui, le voilà contraint de lutter, peut-être jusqu'à la mort. Gellan est un bon officier mais il souffre de ne savoir être aussi proche de ses hommes qu'il le voudrait. La guerre fera, de lui aussi, un héros.

 

Kaem, le roi des Vagrians. C'est lui qui paya Waylander pour assassiner le roi drenaï, avant de chercher à le tuer lui aussi. S'étant introduit dans la chambre du roi, Waylander sera responsable de la mort du fils de ce dernier. Kaem cherche donc à le tuer et a envoyé à ses trousses les tueurs de la Confrérie.

 

Orien, l'ancien roi de Drenaï, père du roi assassiné par Waylander. Il a déposé l'armure devenue mythique dans un endroit inaccessible, sous la protection d'un sort qui l'empêche d'être saisie par tout autre que l'Elu. Il apparaît à Waylander pour lui confier la Quête, et à plusieurs reprises au cours de son aventure. C'est lui qui renvoie Waylander parmi les vivants alors que l'heure de sa mort avait sonné.

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Published by Bloggieman - dans MONDE littératures
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commentaires

LadyScar 18/06/2010 13:04


Si je puis me permettre, Danyal n'est pas une prostituée.
Elle a été violée... c'est un tout petit peu différent (^_^)


Bloggieman 05/04/2010 12:37


C'est un autre intérêt du roman : il ne s'agit pas d'une lutte entre le bien et le mal, avec ombre du Mal absolu s'étendant sur la contrée. Certes, la Confrérie du Chaos s'oppose aux gentils (qui
eux se rattachent à la Source), mais l'aspect manichéen n'est pas excessif.


Jongil 05/04/2010 12:25


Et c'est effectivement tant mieux pour la Fantasy qui trouve (à l'occasion) sa place dans la littérature, et pour les héros et anti-héros qui ne sont plus seulement magnifiquement héroïques.

En revanche, ne serait-ce pas le royaume de Sauron qui s'étend sur le monde plutôt désespéré qui est décrit ?


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