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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 16:32

ROUGH NIGHT IN JERICHO (VIOLENCE A JERICHO), d'Arnold Laven

Universal, 1967

 

Qui se dressera contre le despote ?

jericho 3Dean Martin est l'argument majeur de Violence à Jericho. Ouvrant le film, il en est le héros, d'autant plus surprenant qu'il se révèle, après quelques minutes, un véritable méchant. Alex Flood (c'est son nom dans le film) est le maître despotique de Jericho, qui le fit venir pour nettoyer le patelin dont il prit ensuite le contrôle. Propriétaire du saloon salon de jeu, mais aussi de cinquante pour cent de toutes les entreprises de la ville et des environs, Flood fait régner l'ordre au prix de la terreur, orchestrant la pendaison expéditive de ceux qui se dressent sur son chemin ou refusent simplement sa « protection ». Une seule personne dans tout Jericho semble résister encore à sa politique de terreur : une faible femme, Molly Lang, que la mort de son mari a laissée seule propriétaire en ville du service de diligence Hickman & Lang. Faible ? Elle ne le paraît pas tant lorsqu'elle se dresse, armée de sa colère et d'un fusil, en face de Flood. Mais elle ne fait pas le poids et ne parvient pas à empêcher la pendaison d'un boutiquier qui a, « par mégarde », occis l'un des hommes de Flood. Pourtant, Molly est encore en vie, ce qu'elle ne doit qu'aux doux sentiments que le tyran éprouve pour elle. En plus de la moitié de son affaire, il lorgne sur la propriété de sa personne.

 

Le film s'ouvre sur l'embuscade tendue par Flood à la diligence conduite par Ben Hickman et son associé Dolan à destination de Jericho. Hickman et Dolan répondent à l'appel de Molly Lang : ancien marshal dont la réputation a traversé les vastes plaines de l'Ouest, Hickman, désormais âgé de soixante-trois ans, entend porter secours à la veuve en détresse. Las ! L'une des balles de Flood le cloue au lit sitôt arrivé à Jericho : pour ne laisser planer aucun doute sur ses intentions, Flood – tenu en échec par Dolan et rentré à Jericho sans avoir été identifié, juste à temps pour faire pendre le meurtrier de son homme en piétinant l'autorité et la dignité du shérif – a fait disparaître de la diligence le nom de Hickman en le perçant de ses balles.

 

jericho 1Hickman étant cloué au lit, c'est sur Dolan que retombe la responsabilité de faire obstacle à Flood. Ce qu'il est bien décidé à ne pas faire, se souciant peu de mettre sa vie en jeu pour modifier le régime de terreur que s'est elle-même donné la ville. George Peppard campe un Dolan un peu fade en comparaison du Flood auquel Dean Martin donne son assurance et son charisme. Mais le manque de charisme de Peppard convient, justement, au personnage de Dolan : refusant l'affrontement, il louvoie avec Flood, maniant certes l'ironie pour lui signifier qu'il l'a bien reconnu comme le tireur embusqué mais se gardant bien de jouer la provocation directe, sauvant même – sans doute – la vie du tyran lors d'une rixe au saloon. En observateur, toujours. Le film s'emploie donc à filmer l'inertie de Dolan jusqu'au moment crucial où il ne peut plus refuser le combat. Cette attente même inscrit d'emblée l'inévitable affrontement comme le climax annoncé du film, la supériorité de Flood-Martin sur Dolan-Peppard, acteurs comme personnages, pouvant presque faire douter du dénouement...

 

jericho 4 bis

 

On retient de Violence à Jericho quelques scènes plaisantes, comme la nuit de soûlerie de Dolan et Molly, la seconde mettant un point d'honneur à se montrer plus dure et résistante que le premier, ou la première bagarre de Dolan, non contre Flood mais contre deux de ses hommes, spécialement l'épais Yarbrough campé par Slim Pickens. Une scène de bagarre longue que Laven a voulu filmer sans emphase, s'attachant à montrer la violence dans sa brutalité « à hauteur d'homme », sans magnifier son héros ni amoindrir le bad guy. Ce choix se confirme dans les scènes de fusillade, où le sang gicle volontiers. (D'aucuns y verront peut-être l'influence du western italien ou des films de Peckinpah.)

 

jericho 5 bisLe film est aussi une parabole sur le danger de l'homme providentiel auquel il est plus facile de remettre les clés de la ville que de les reprendre, et sur le danger d'opposer à la violence une violence plus grande encore. Loin d'idéaliser son héros, Laven accentue la réticence de celui-ci au point de faire douter de sa capacité à se dresser in fine devant le despote, ce qu'il ne fait en définitive qu'en bénéficiant du secours de quelques braves. Un entrepreneur, l'ancien shérif et Molly Lang sont les alliés grâce auxquels Jericho conserve sa dignité, que d'autres, suivant leur exemple, s'emploient finalement à sauver en tournant leurs fusils vers les hommes de Flood. Ce dernier séduit par sa force, non dénuée de courage, justifiant sa tyrannie par la lâcheté de la population qui l'a appelé pour « mettre de l'ordre ». C'est finalement son attitude envers les femmes qui fait de lui une brute : incapable d'aimer la blonde entraîneuse du saloon qui se met pourtant à ses pieds, il est tout aussi incapable de se faire aimer de la brune Molly, qu'il frappe avec une grande brutalité lorsqu'elle le rejette et lui préfère Dolan. Les protagonistes du film illustrent ainsi plusieurs attitudes à l'égard de la violence, et à travers eux le scénario interroge les notions de courage et de force.

 

Si Laven filme bien l'affrontement attendu entre ses deux têtes d'affiche, la victoire sur la tyrannie est d'abord une affaire collective, possible grâce au sursaut de la population, même s'il faut pour la pousser à l'action le courage de quelques-uns, plus déterminés.

Thierry LE PEUT

 

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Published by Bloggieman - dans US cinéma
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