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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 19:00

TERRE ET CENDRES, d'Atiq Rahimi

POL, 2000 - Folio, 2010

 

« Parler, ça ne suffit pas, mon frère,

si on ne t’entend pas, ça ne sert à rien,

c’est comme des larmes… »

 

terre et cendresPublié en France en 2000, adapté au cinéma par l’auteur en 2003, lauréat du prix « Regard vers l’avenir » au Festival de Cannes 2004, Terre et cendres révélait Atiq Rahimi qui, depuis, a reçu le Goncourt pour Syngué Sabour (2008). Il s’agit déjà d’une parabole sur l’incommunicabilité en terre afghane. Cette fois, un vieil homme attend avec son petit-fils près d’une guérite, au bord d’une route. La route mène à la mine. A la mine travaille le fils de cet homme, qui est le père du petit garçon. Le vieil homme ne parvient plus à se faire entendre du petit garçon, devenu sourd après la destruction de leur village. Nous sommes au temps de la guerre contre les Russes. Et le vieil homme veut aller retrouver son fils à la mine pour lui apprendre la tragédie qui a frappé leur village et décimé leur famille.

La communication se fait pourtant, entre le vieil homme et le propriétaire d’une échoppe toute proche, Mirza Qadir. Puis entre le vieil homme et le conducteur du camion qui l’emmène à la mine. Le vieil homme parle, et les autres compatissent, car ils comprennent sa douleur, la partagent sans doute, même quand on ne sait rien de leur vie. Rahimi souligne ainsi la communauté des êtres que les drames de la guerre, ou simplement de la vie, ne parviennent pas à réduire. En choisissant d’écrire à la deuxième personne, l’écrivain interpelle le vieil homme, se rapproche de lui tout en lui gardant cette part de mystère présente en toute altérité. Il est autre, il est proche. Nous l’observons avec l’écrivain, comme l’observent les personnes qu’il croise, et auxquelles il finit, malgré la peine, par confier les pensées et les émotions qui s’agitent en lui.

Le texte est très court, comme le sera Syngué Sabour. Il s’offre ainsi comme une fable, une épure, construite autour d’une situation simple, l’attente, puis le parcours vers la mine, et ce qui y attend le vieil homme. Rahimi s’attarde sur le soleil, la poussière, les petites flaques vertes que font au sol les crachats que le vieillard projette en mâchant son tabac. On se laisse ainsi envelopper par cette attention aux choses, comme aux êtres, qui fait de Terre et cendres un récit prenant, émouvant, se tenant constamment au seuil de la douleur.

Thierry LE PEUT 

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Published by Bloggieman - dans MONDE littératures
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commentaires

steph 21/10/2010 23:02


Je n'ai pas lu Terre et cendres; mais si on se tiend au seuil de la douleur, je veux bien, alors, le lire. "La pierre de patience" primée au Goncourt 2008, livre âpre et beau cependant, entrait
dans les entrailles déchirantes de la douleur ; la fin m'avait notamment beaucoup secouée !


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