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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 18:42
THE MAN FROM LARAMIE (L'HOMME DE LA PLAINE), d'Anthony Mann
Universal, 1955

La violence des passions

laramie-10.jpgThe Man from Laramie a été tourné en 1955, deux ans après The Naked Spur. James Stewart incarne de nouveau, devant la caméra d’Anthony Mann, un solitaire poursuivant un but précis. Will Lockhart, en l’occurrence, est venu de Laramie, traversant des contrées pleines de danger avec un chargement de marchandises destinées au magasin que dirige Barbara Waggoman, dans l’unique but de trouver les assassins de son frère. A ce but personnel s’ajoute cependant une mission très officielle, puisque Lockhart est également chargé par l’armée, où il sert avec le grade de capitaine, de découvrir qui vend des armes à répétition aux Indiens, courant le risque de répandre la guerre et le sang dans la région. Ce n’est que peu à peu que l’identité véritable de Lockhart est révélée, donnant sens à la scène inaugurale, où Lockhart arrête son convoi tout près des cendres d’un autre convoi, militaire celui-là. Ce sont les restes du convoi dont faisait partie son frère. Au côté de Lockhart, le vieux Charley joue le rôle du confident, dont les paroles désignent la vérité pas encore révélée. Il servira bientôt à mettre en valeur l’honnêteté de Lockhart, voilée mais non dissimulée par son désir de vengeance.

 

The Man from Laramie est évidemment bien plus qu’une histoire de vengeance. Celle-ci, certes, sert de fil rouge à l’intrigue, mais au point d’ailleurs que le scénario suit la trame d’un récit policier, allant de révélation en révélation jusqu’au dénouement. Ce n’est pas l’enquête, toutefois, qui amène ces révélations, mais l’histoire des gens qui entourent le héros. Stewart en effet, d’abord voyageur de passage, entreprend bientôt de se tailler une place au sein de la communauté ; ce faisant, il fait connaissance avec les individus qui, chacun à son tour, trouveront eux-mêmes leur juste place dans l’intrigue « policière » du film. La jeune (et jolie) Barbara Waggoman, tout d’abord, dont on découvre bientôt qu’elle est fiancée à Vic Hansbro, le régisseur du ranch d’Alec Waggoman, tout-puissant baron du bétail, propriétaire de toute la région et père de Dave, le cousin de Barbara, un jeune homme fougueux et brutal qui, sans provocation, s’attaque à Lockhart et brûle ses chariots, le condamnant à trouver un autre moyen de subsistance dans la région. Tous ces personnages sont introduits rapidement, de même que Kate Canady, vieillissante propriétaire d’un ranch voisin de l’empire des Waggoman, lorgnant sur le vieux Waggoman non par intérêt pour son empire mais plutôt par inclination du cœur, quand bien même ces deux aînés sont ouvertement hostiles l’un à l’autre. On trouve là les ingrédients d’un bon feuilleton, matériau de base d’une intrigue policière.


laramie 15

A mesure que les présentations sont faites, ce sont les enjeux qui animent ce petit monde que nous révèle la caméra de Mann. La succession de Waggoman, vieil homme bientôt aveugle dont l’œil triste est encore capable de voir combien son fils est éloigné de l’image qu’il se fait de l’héritier de son empire. Son fils de cœur, c’est en fait Vic, le besogneux Vic, dont l’unique ambition depuis qu’il parcourt les hectares du ranch Waggoman est d’en être un jour le maître, à égalité avec l’héritier en titre. D’emblée, Vic est présenté comme l’antithèse de Dave. Un personnage sympathique, honnête, sans qui l’empire Waggoman serait promis à un avenir plus qu’incertain. En se révélant fiancé à Barbara, cependant, Vic devient un opposant au héros ; une répartition des rôles qui ne peut que conduire à un affrontement. C’est précisément ce parcours, qui mène Vic du travailleur honnête à l’adversaire affiché, qu’épouse l’intrigue du film, reposant principalement sur le renversement des images initiales. Les plus durs sont aussi les plus éprouvés lorsque les masques tombent et que les coupables se dressent là où on ne songeait pas, d’abord, à regarder.

 

laramie 4The Man from Laramie est construit autour de couples. Celui que promettent de former Stewart et Cathy O’Donnell, mais que vient contrarier la présence de Vic. Celui que forme ce dernier avec Dave Waggoman, comme celui que forme celui-ci avec son père. Le couple que la présence de Kate Canady dessine discrètement au côté du vieux Waggoman. Celui que forment Lockhart et le vieux Charley, autant confident discret qu’image anticipée de ce que peut devenir Lockhart. Ces couples s’entrecroisent, les plus apparents n’étant pas les plus solides : ainsi du couple Barbara-Vic contrarié par l’arrivée de Lockhart, du couple Alec-Dave contrarié par la présence de Vic. Comme pour souligner ces interactions et permettre aux couples définitifs de se former, le film multiplie les allées et venues d’un espace à l’autre, soulignant combien les frontières sont ténues : de la ville au ranch Waggoman et au ranch Canady, des pâturages à la ville, de celle-ci aux rochers escarpés où se jouera le dénouement. Ces mouvements sont aussi à l’image du parcours de Lockhart, qui cherche sa place autant qu’il cherche un coupable.

 

Le personnage campé par Stewart n’est pas taillé d’une seule pièce. Solitaire, il ne l’est que parce qu’il a une mission, mais dès son arrivée en ville il reconnaît que c’est un plaisir rare que de prendre le thé avec une jolie dame. Animé par le désir de vengeance, il n’est pourtant pas obsédé par la haine, et cherche finalement davantage à trouver une activité qu’à traquer le responsable de la mort de son frère. C’est un brave homme, un de ces personnages à principes que Stewart sait incarner à merveille et chez qui l’on sent que l’idée fixe ne demande qu’à être écartée pour laisser s’épanouir la bonté. La vengeance vient, certes, mais le cœur de Lockhart n’y est pas, et c’est à un deus ex machina que le scénario confie la tâche d’accomplir ce à quoi rechigne le héros. Comme dans Winchester ’73 et The Naked Spur, Mann situe son dénouement sur les hauteurs, filmant la difficile ascension des personnages vers l’espace de vérité où se dénouent les intrigues croisées du film, et situant enfin le combat final – celui du héros contre son adversaire, mais surtout contre lui-même – sur une sorte de toit du monde, surplombant les grands espaces auparavant parcourus par les personnages.
 

laramie 3The Man from Laramie est aussi un film âpre. Apre comme le désert où se joue une partie de l’action, à l’instar de la scène inaugurale dont les puissants rochers érodés par les âges semblent tendus vers le ciel. C’est à leur sommet que se jouera aussi la scène finale, même si le lieu n’est pas le même. Apre, encore, comme les marais salants où Stewart est traîné derrière un cheval et réduit à l’impuissance pendant qu’on abat ses mules. Apre, également, comme la revanche que prend Stewart lorsque Dave Waggoman croise de nouveau son chemin et que, prévenu, il porte cette fois le premier coup. A lui seul, le plan où l’acteur s’avance vers son adversaire, une musique martiale martelant sa progression, résume la puissance de Stewart dans les westerns de Mann – et ailleurs. Apre, aussi, comme les scènes de violence qui jalonnent tout le film à mesure que les personnages se révèlent, à l’instar de celle où Dave Waggoman tire sur la main de Lockhart tenu par deux cow-boys. Toute cette violence trahit l’âpreté des sentiments qui poussent les personnages à s’affronter et entre en résonance, comme toujours chez Mann, avec l’impassible nature où se déchaînent les passions des hommes.
Thierry LE PEUT

 

 

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Published by Bloggieman - dans US cinéma
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commentaires

Tietie007 07/02/2010 11:24


J'ai un peu de mal avec le cinéma de Mann, que ça soit Anthony ou Michael, d'ailleurs. Je le trouve un peu désuet dans sa morale bienséante, un peu trop lyrique avec ses paysages naturels, et à
vrai dire, assez ennuyeux ! Un peu comme James Stewart, que je trouve monotone dans son rôle de "good guy", un peu trop raide dans sa gestuelle, manquant totalement de sensualité dans son jeu ...si
on compare à un Brando ou à un Monty, qui ont révolutionné le jeu d'acteur, à l'époque.


Jongil 18/12/2009 00:29


Sous la couette à regarder des westerns, disiez-vous ? C'est vrai que le climat semble être bien différents sur les pistes poudreuses bordées de convois carbonisés et dans les ranchs grillés au
soleil de ce qu'il est sous nos latitudes...
Un jour il faudra que je regarde ça aussi !


Jerem 17/12/2009 19:59


J'ai toujours pensé que ce western aurait pu s'appeler la Force du destin tant celui-ci semble dominer de son poids et décider du sort de tous en dépit de leurs actions ou à cause de celles-ci.
Même le destin, plus fort que Stewart, décide du sort du meurtrier de son frère.


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