Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 09:59
ROCKY BALBOA, de Sylvester Stallone
MGM / Columbia / Revolution, 2006

One More Time

Rocky Balboa 8Seize ans séparent Rocky Balboa de Rocky V. On avait quitté Rocky et sa famille dans l’après-gloire ingrate, on retrouve le boxeur vieilli en propriétaire d’un restaurant, veuf, père d’un jeune cadre pas très dynamique qui ne parvient pas à sortir de l’ombre de papa. Adrian est morte d’un cancer mais sa mémoire continue de marquer la vie de Rocky : il a appelé son restaurant Adrian’s et effectue chaque année un « tour » sur les lieux de leur amour, traînant sur ses talons un Paulie fatigué, toujours acariâtre, qui préférerait, lui, laisser reposer le passé une bonne fois. Ce pèlerinage annuel que réalise Rocky, et son incapacité à faire le deuil du passé, sont précisément l’objet du film. Rocky n’en a pas fini avec la boxe, il sent en lui une « bête » qui ne demande qu’à sortir. Et cela le conduit bientôt à vouloir reprendre les gants, en amateur, dans des combats locaux. Le monde de la boxe, cependant, n’a pas oublié Rocky : et tandis que le nouveau champion du monde, Mason The Line Dixon, commence à lasser le public parce qu’il abat ses adversaires sans jamais rencontrer de véritable challenge, les medias se passionnent pour un match virtuel l’opposant à Rocky Balboa, comme jadis ils faisaient s’affronter Rocky Marciano et Muhammad Ali. Les velléités de Rocky rencontrent donc l’actualité, et le match rêvé devient réalité.

Le pitch de Rocky Balboa est simple, comme l’était celui de chacun des films de la saga. Stallone utilise les mêmes ficelles, la même trame : la première heure suit le parcours des personnages, s’intéresse à eux, décrit leur état d’esprit, met en place les conditions du combat final ; celui-ci s’insère dans la dernière demi-heure. Le défi, cette fois, est celui de la crédibilité : comment croire à la rencontre sur le ring du jeune champion et du boxeur vieilli, déjà has been dans Rocky V ? Une grande partie de ce défi repose sur le corps de Rocky : Stallone a soixante ans, et si l’âge de son personnage n’est pas mentionné on peut supposer qu’il est à peu près équivalent. Trente ans se sont écoulés depuis le premier Rocky. Le champion en titre, lui, est jeune, puissant, hargneux, comme une version rajeunie d’Apollo Creed dans le premier opus. Stallone s’efforce donc de remettre en place les éléments de la saga : la « tournée » du héros sur les traces de son passé est l’occasion de revenir aux sources de la série. Exit le nouveau décor de Rocky V : c’est celui de Rocky que Stallone revisite. La petite animalerie où il a rencontré Adrian, l’appartement qu’ils ont occupé à cette époque, la patinoire où il s’est employé à la séduire, l’enseigne aujourd’hui délaissée de la salle de Mickey : avec tout cela, Paulie, l’irréductible Paulie, râleur, aigri, replié sur sa colère et son dégoût de tout. La bande son, aussi, reprend les morceaux de la légende, le thème romantique, le thème mélancolique, la chanson de rue, plus tard le Gonna Fly Now. Et le corps de Rocky, pendant tout ce temps, reste enveloppé dans des vêtements épais ; la silhouette est puissante mais gonflée, elle accuse, comme le visage, le passage des années. Ce n’est que dans les séquences d’entraînement, au terme de la première heure, qu’elle semble s’affiner, révèle sa puissance ; devant le comité d’attribution des licences de boxe, aussi, lorsque Stallone troque la lourde veste ou le « costume de parade » du restaurant contre un costard cravate qui lui donne brusquement une tout autre allure. Oui, Rocky a vieilli ; mais il conserve une puissance qui ne demande qu’à s’exprimer à nouveau : la « bête » dont il parle lui-même est toujours là, à l’intérieur, et n’a pas renoncé à rugir encore.


Rocky Balboa 1

Rocky Balboa 4Pour y croire, toutefois, il faut le vouloir. Tout le film repose sur ce postulat : il s’adresse à ceux qui ont connu la « grande époque » et qui, comme le héros, veulent y croire encore une fois. Juste une fois : c’est le sens de ce combat final, un combat-exhibition dont on sait d’avance, bien sûr, qu’il sera mené avec une vraie hargne, un vrai désir de vaincre. La déconfiture annoncée de l’ex-champion est une constante de la saga, on sait qu’il ne s’agit que d’un moyen de faire monter la pression pour rendre le combat plus excitant. Le public souhaite voir combattre Rocky, et il souhaite le voir vaincre. Mais, cette victoire étant peu crédible, le travail de Stallone est de nous aider à y croire.

Retour donc sur le corps du héros. Lorsque tombe enfin le peignoir, la puissance intacte de Rocky est révélée. Non pas telle que dans ses jeunes années, bien sûr ; mais telle que, dans un corps de soixante ans, elle paraît encore phénoménale. La séquence de l’entraînement contribue à rendre cet instant suffisamment crédible : Duke Evers, l’ancien entraîneur d’Apollo Creed, devenu celui de Rocky dans le troisième opus, présente les choses comme elles sont : Rocky ne peut plus jouer sur la vitesse, il a de l’arthrite, il est massif ; sa force ne peut résider que dans la puissance de ses coups. Pour le reste, l’Etalon Italien aura recours à une arme déjà éprouvée dans chacun de ses combats, et dont il fait une leçon de vie transmise à son fils : la force d’un combattant consiste à encaisser les coups sans aller au tapis. C’est ce que Rocky a toujours fait sur un ring, provoquant son adversaire, encaissant une grêle de coups, encore et encore, épuisant son adversaire pour mieux le saisir alors. La vie n’est rien d’autre et la leçon vaut aussi hors du ring, comme l’explique Rocky à Rocky Jr.

Rocky Balboa 2La mise en scène de la rencontre, au Golden Palace de Las Vegas, est tout entière une mise an abyme de la saga. Le public du combat est celui des films ; celui que l’on acclame, c’est autant le boxeur de Philadelphie que le personnage de légende que Stallone a créé. Il est indéniable que le combat lui-même n’a ni le punch ni l’impact des combats de jadis ; il se déroule comme un « passage obligé ». Mais il paraît également indéniable que Stallone le sait fort bien : ainsi l’important n’est pas de connaître le vainqueur, et la victoire importe peu à Rocky lui-même. L’important est de montrer avec quelle rage le vieil étalon est encore capable de combattre, et cette démonstration est un adieu fait au double public de la série. Alors que le combat est terminé, sans qu’aucun des combattants soit allé au tapis, et que le verdict des juges détermine le vainqueur aux points, Rocky a déjà quitté le ring, et le public aussi. Toutes les voix, tous les regards sont tournés vers le champion qui regagne les vestiaires et qui ne paraît même pas fatigué : le plaisir de combattre semble au contraire l’avoir revigoré, rendu plus vivant que jamais. Et le salut qu’il adresse à son public, unanimement levé, est le salut de l’artiste après un dernier rappel. Rideau.

Rocky Balboa est un film réussi. Un exercice de second degré pour ceux qui n’y croient pas, certainement. Mais un bel hommage pour ceux qui y croient encore. Et c’est bien ce qu’on lui demande.
Thierry LE PEUT

Rocky Balboa 5

Rocky Balboa 6

Partager cet article

Repost 0
Published by Bloggieman - dans US cinéma
commenter cet article

commentaires

Jongil 17/01/2010 00:06


"Et le salut qu’il adresse à son public, unanimement levé, est le salut de l’artiste après un dernier rappel. Rideau."
C'est curieux tout de même tous ces points communs avec le destin de John Keats dans Bright Star.
Je t'accorde cependant sur Stalone semble avoir davantage conservé la forme.


Présentation

  • : Le Blog de Bloggieman
  • : Livres, films, séries, société : Bloggieman vous livre ses impressions.
  • Contact

Rechercher

Pages