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MR. QUIGLEY L'AUSTRALIEN (QUIGLEY DOWN UNDER), par Simon Wincer
MGM, 1990
L'Ouest encore plus lointain
En 1990, Simon Wincer vient de réaliser pour la télévision Lonesome Dove, mini-série adaptant le roman de Larry McMurtry, avec Robert Duvall et
Tommy Lee Jones en cow-boys crépusculaires convoyant du bétail depuis le fin fond du Texas. Cet excellent western valut à Wincer un Emmy Award, entre autres récompenses venues consacrer sa
réussite globale. En s’adressant de nouveau à Basil Poledouris pour signer la musique de Quigley Down Under, Wincer invite lui-même à faire le lien entre la télévision et le cinéma,
nonobstant la présence de Tom Selleck, star télé, dans le rôle principal. De fait, Quigley n’est pas sans rappeler Lonesome Dove, ne serait-ce que dans la manière dont Wincer
aborde le western, en y mêlant un héroïsme assumé et une violence crue, sans aller jusqu’aux « excès » (ce n’est pas péjoratif) du western italien.
Tom Selleck incarne un cow-boy américain qui embarque pour l’Australie après avoir été engagé par petite annonce pour prêter sa grande compétence de tireur à un propriétaire terrien. En arrivant sur place, Quigley (Selleck) découvre qu’on ne l’a pas engagé pour abattre les dingos qui pullulent dans la région mais… les aborigènes dont Marston (Alan Rickman) ne parvient pas à venir à bout. Le sort des aborigènes fait l’objet dans le film de plusieurs scènes d’une grande violence, qui tranchent avec la représentation délibérément too much de Quigley, dépositaire d’une imagerie importée d’Amérique. Ce qui n’implique pas que la culture aborigène soit elle-même développée : le peu de temps que Quigley passe en leur compagnie, après qu’ils l’ont recueilli et soigné, est filmé comme un passage obligé où les aborigènes ont sensiblement le même rôle que… les Ewoks dans Le retour du Jedi. A la fin du film, leur apparition en deus ex machina entraîne le film vers un fantastique bon teint qui doit beaucoup à la ficelle de scénario et peu à la culture aborigène. Les aborigènes sont en fait, dans le film, l’instrument de l’initiation de Quigley : c’est le serviteur aborigène de Marston qui, contre toute attente, assomme Quigley et permet aux hommes de Marston de le passer à tabac avant de l’abandonner dans le désert ; il reparaît à la fin du film pour consacrer l’évolution du personnage, que sa traversée du désert aura transformé en défenseur des aborigènes, en justicier d’essence quasi divine.
L’intérêt du film – outre d’apporter un divertissement agréable et inoffensif, filmé dans des paysages arides où l’on voit s’égailler des kangourous au lieu
de coyotes – réside dans la confrontation de Tom Selleck (il sort tout juste de huit années de Magnum qui ont fait de lui une star internationale mais l’ont aussi éloigné des plateaux de
cinéma, l’obligeant en premier lieu à refuser l’offre de Spielberg d’incarner l’aventurier Indiana Jones) et d’Alan Rickman. Habitué aux rôles de méchants intégraux, ce dernier n’a pas grand
effort à faire pour incarner Marston, le propriétaire terrien, tyran, assassin et maniaque, dont l’arrogance précipite la chute. Mais cet affrontement duel est aussi la limite du film : car
il ne comporte rien de surprenant et conserve à Selleck un rôle de héros bigger than life, que les supplices qu’il subit rendent christique à la manière d’un McClane (Bruce Willis dans
Piège de cristal, 1988, où Rickman était aussi le méchant) ou plus tard d’un Jack Bauer (24).
L’autre personnage intéressant du film est celui de Crazy Cora – Cora la folle – incarnée par Laura San Giacomo. En faisant de l’héroïne une femme dont la
santé mentale est sujette à caution – elle se comporte en sauvageonne, rit à gorge déployée, s’obstine à donner au héros le nom de son mari perdu -, Wincer (et John Hill, le scénariste) prend à
contrepied l’image traditionnelle de l’héroïne sage et policée dont le destin est d’attendre que le héros soit prêt à la prendre dans ses bras à la fin du film. On laissera à chacun le soin de
découvrir dans quelle mesure elle est réellement folle et si les bras du héros s’ouvrent pour elle à la fin de Quigley Down Under, mais on se souviendra en tout cas de ce rôle insolite
qui introduit à la fois de l’humour et de la gravité dans le film.
Thierry LE PEUT
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