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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 17:29

LE VASE ETRUSQUE, de Prosper Mérimée

(diverses éditions)

 

mérimée - vase étrusqueStructure de la nouvelle :

 

I : Présentation d’Auguste Saint-Clair. Passant pour déplaisant et fat auprès de certaines personnes à qui il lui arriva de déplaire, c’est en réalité un jeune homme au cœur tendre et aimant qui se protège en se confiant peu et en restant sur son quant-à-soi. Il recherche davantage la compagnie des femmes que celle des hommes, et l’on soupçonne une inclination particulière pour la belle Mathilde de Coursy, jeune veuve.

 

II : [Un mois de juillet, à l’aube.] Auguste prend congé de sa bien-aimée. Il pense avoir trouvé enfin un cœur aimant auquel il puisse se confier sans crainte.

 

III : [Le lendemain.] Au cours d’une soirée entre garçons, arrosée et animée, Auguste entend que celle qu’il aime en secret fut la maîtresse de Massigny, un homme qu’il méprise, et qui est mort. Il n’y croit guère, puis songe au vase étrusque dans lequel la belle dépose les bouquets qu’il lui offre : ce vase lui vient de l’homme haï. Auguste conçoit alors une jalousie aussi extrême que ses précédents transports amoureux. La confiance trahie le pousse à maudire la belle, qui l’attend pourtant ce soir-là. Leur entrevue est assombrie par sa colère mais il n’ose ouvrir son cœur à Mathilde. Un présent de celle-ci, pourtant, achève de le convaincre qu’elle l’aime sincèrement.

 

IV : [Le lendemain.] En quittant sa bien-aimée, Auguste voit le démon s’abattre encore sur lui, lorsqu’il apprend que le petit portrait d’elle que Mathilde a fait mettre dans sa montre a été réalisée par un artiste que Massigny lui fit connaître. C’est dans un état de grande colère qu’il rencontre Thémines, à cheval comme lui. La colère d’Auguste se tourne contre ce compagnon importun, qui lui demande raison. Le duel aura lieu le lendemain. Auguste en conçoit du réconfort : puisqu’il mourra le lendemain, il n’aura pas à épouser Mathilde.

 

V : Auguste confie ses doutes à Mathilde ; elle lui conte alors l’histoire de Massigny, qui n’a jamais été son amant bien qu’il l’eût souhaité. Elle brise le vase étrusque pour prouver à Auguste combien peu il a de valeur à ses yeux. Honte et bonheur d’Auguste.

 

VI : Roquantin rencontre le colonel Beaujeu ; nouvelle de la mort d’Auguste, tué en duel par Thémines. Auguste voulait s’excuser auprès de son ami mais d’abord essuyer son feu ; il a laissé le premier coup à Thémines.

 

VII : Conclusion : la comtesse meurt après trois ans de solitude et de silence, s’étant laissée dépérir.

 

***

 

Il y a dans les nouvelles de Mérimée, comme de Maupassant (pour se limiter à deux spécialistes du même siècle), un côté « millimétré » qui ne laisse rien au hasard. Encore qu’ici le long discours de Théodore Neville sur son séjour en Egypte paraisse bien inutile : peut-être n’est-il là que pour laisser à Auguste le temps d’absorber la nouvelle de la trahison de sa bien-aimée, dont on a cherché à le convaincre – bien innocemment au demeurant puisqu’il garde le secret sur son amour pour la belle. Peut-être aussi pour étoffer, artificiellement certes, l’acte central de l’histoire, et placer en son centre l’évocation du vase étrusque, objet sur lequel se cristallise la trahison supposée.

On trouve pourtant quelque émotion à cette fable, dont les protagonistes sont jeunes et sympathiques. Mérimée évoque Roméo et Juliette au seuil du dénouement (IV) pour préparer le lecteur à la conclusion tragique de son histoire. Le tragique, en amour, a besoin précisément d’un amour véritable, d’un amour pur qui transcende les amours ordinaires. D’où la pureté de cœur des deux amants, que la crise du doute n’ébranle que pour mieux la réaffirmer. C’est le moment que choisit le destin pour abattre le couperet classique.

Le vase étrusque, qui donne son nom à la nouvelle, était « une pièce rare et inédite. On y voyait peint, avec trois couleurs, le combat d’un Lapithe contre un Centaure. » La phrase elle-même est d’un pur classicisme, en trois périodes. La destruction de cette belle œuvre prélude à celle de l’amour pur des deux amants, eux-mêmes d’une constitution rare et inédite, promis à l’amour et détruits de façon gratuite, absurde. Si la solitude finalement mortelle de la belle après la perte de son amant est marquée par la modernité, l’histoire, elle, est de toutes les époques. La dernière phrase, qui qualifie de « chagrins domestiques » (parole de médecin) la maladie qui emporte la comtesse, est cruelle en ceci qu’elle remet le tragique à la place qui lui revient dans l’histoire des hommes : il n’y a de tragique en effet que dans l’hyperbole, dans le secret des cœurs, où nous a conduits Mérimée en nous rendant témoins de l’amour d’Auguste Saint-Clair et Mathilde de Coursy. Sitôt sortis de cette intimité et de la proximité des sentiments, le tragique s’estompe et se perd dans l’Histoire. Reposent les morts, la vie continue.

Thierry LE PEUT

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Published by Bloggieman - dans FRANCE littérature
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