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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 10:40

LE MESSAGE d'Andrée Chedid

Flammarion, 2007

 

chedid - le messageDans un pays en guerre

Dans un pays en guerre, une jeune femme est touchée par une balle. Elle veut d’abord ignorer l’impact car son ami l’attend. Steph, qu’elle aime, lui a donné rendez-vous près du pont et elle veut l’y rejoindre, sinon il repartira en pensant qu’elle ne l’aime pas, qu’elle a renoncé à leur histoire. Mais son corps refuse d’avancer. La blessure est réelle. Alors Marie – c’est son nom – s’accroche à l’espoir de pouvoir, malgré tout, le retrouver ; elle veut écrire sur la lettre qu’il lui a envoyée qu’elle l’aime, qu’elle était en chemin. Si elle ne parvient pas jusqu’à lui, ses mots, du moins, lui diront son amour. Mais qui les portera, si elle ne peut le faire ?

Le message est un récit simple, qui se déroule sur quelques heures, à peine. Le temps d’une agonie. Le récit à la troisième personne se déplace de Marie à d’autres personnages, à mesure que ceux-ci sont mêlés à son histoire. C’est un couple octogénaire, Anton et Anya, qui la trouve sur le trottoir au moment de fuir le quartier dévasté, comme font les autres habitants, fatigués des tueries, des massacres, de l’absurdité d’une guerre sans but et sans objet. C’est un franc-tireur dont on ne sait si ce n’est pas lui qui a tiré la balle dont Marie meurt, mais qui, ému en voyant le vieux couple auprès d’elle, décide de trouver une ambulance dans cette ville en ruines. C’est Steph, enfin, qui a attendu près du pont tout ce temps, et qui ne sait si Marie a renoncé à lui, ou si elle a été empêchée de venir le retrouver. Toutes ces voix, même si elles transitent par le narrateur, se partagent le récit, et aussi celles, fugaces, de personnes qui y passent le temps d’une page, le temps de faire entendre leurs pensées.

On a dit d’Andrée Chédid qu’elle était un auteur optimiste. Mais on ne sait pas comment s’achèvera le récit. Plusieurs fins sont possibles, même si le sort de Marie semble scellé dès le départ. A la question « Les amoureux vont-ils se rejoindre ? » deux réponses sont possibles, et jusqu’aux dernières pages du récit l’incertitude demeure. Si Marie mourait avant d’avoir revu Steph ? Si Steph s’éloignait sans savoir qu’elle était en route, qu’elle l’aimait ? Si, voulant la retrouver, il était tué avant d’y parvenir, en rencontrant par exemple ce franc-tireur parti pourtant pour la sauver elle ? Il y a du suspense dans ce récit, accru par la brièveté des parties qui le composent, par le va-et-vient constant entre les personnages qui se séparent et tendent à se retrouver, entre les différents lieux.

Andrée Chédid se défend d’avoir voulu délivrer un « message ». Le titre du récit renvoie aux mots que Marie a écrits pour Steph, et à ceux que ce dernier lui a adressés, puisque c’est sur sa lettre qu’elle écrit le message qu’elle lui destine. La dénonciation de la guerre et de la haine des hommes est pourtant explicite dans Le message. L’indétermination du lieu permet de renvoyer à toutes les guerres, qui existent partout, et toujours, même si la chaleur, la référence au sort des femmes, aux barbes des hommes font naître l’image d’un pays du Moyen-Orient. Quoi qu’il en soit, c’est à la folie de tuer, à la cruauté des hommes qui prennent prétexte des guerres pour tuer sans distinction et sans cause, que s’en prend Andrée Chédid. Le sursaut d’humanité de Gorgio, le franc-tireur, qui ne dit jamais si c’est lui qui a blessé Marie, ou un autre semblable à lui, illustre par contraste l’absurdité de la guerre : comme tant d’autres comme lui, il se sent puissant avec son arme, il jouit du pouvoir qu’elle lui procure, et s’en sert pour abattre les passants sans plus se soucier de savoir qui ils sont, se cachant derrière l’impunité, derrière la distance qui les déshumanise. Son premier mouvement lorsqu’il se trouve auprès de la mourante, et du vieux couple qui veille sur elle, est pourtant la compassion. Les pensées de Gorgio esquissent son parcours et font ressortir plus encore la bêtise de cette guerre ; il ne lutte pas pour faire triompher un camp ou une idée mais simplement pour exister, par réaction contre son père qui ne l’a jamais aimé, ou soutenu. Il tue par dépit, par haine, par désoeuvrement.

C’est l’humanité de chacun de ses personnages que l’auteure met en avant. Les grands mots, les grandes idées par lesquelles les fous justifient la guerre n’ont pas voix ici ; il n’y a que des gens, des gens égarés, qui ne savent plus pourquoi ils tuent, des gens effrayés, qui ne savent pas pourquoi leur pays est dévasté, des gens en fuite, obligés de partir et de laisser derrière eux le désert qui fut leur ville, leur quartier, leur maison. Dès lors qu’il n’y a plus que des gens, il devient clair que la guerre est imbécile, et il ne reste pour l’expliquer que la nature de l’homme, puisque celui-ci tue depuis qu’il existe. Dans ce pays en guerre, chacun devient l’ennemi de l’autre, mais le mot « ennemi » n’a en réalité plus de sens. Il n’y a que méfiance et peur, alors que chacun, au fond, ne demande que ce qui est brusquement enlevé, et injustement, et absurdement, à Marie : aimer, et être aimé. Les personnages ici se répondent, se reflètent ; Anton et Anya sont l’image du couple que Marie et Steph auraient pu devenir, s’il n’y avait pas eu cette balle, Marie et Steph l’image de ce qu’Anton et Anya ont été, eux qui ont survécu. Mais ils sont aussi l’image de ce que Gorgio a désiré, qu’il a perdu, qu’il aspire en réalité à retrouver : ses parents, sa mère, qu’il souffre d’avoir abandonnée.

Trois couleurs se détachent sur le fond de ruines dans lequel se déroule le récit. Le jaune de la chemise de Marie, le bleu du chandail de Steph, le rouge du sang qui s’écoule de la blessure. C’est la vie dans un champ de décombres, à l’image de la petite fille de La Liste de Schindler. En résistant à la mort, Marie se souvient, elle pense en couleurs lorsqu’elle se remémore la joie des moments partagés avec Steph, quand ils avaient dix ans, quand ils en avaient vingt. En couleurs, en émotions, en sensations. Et ces moments de vie contrastent douloureusement avec la mort qui l’enveloppe dans cette rue, alors qu’elle espère la venue de celui qu’elle aime. Avant que la mort l’emporte. Et que l’on espère avec elle.

Thierry LE PEUT

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Published by Bloggieman - dans FRANCE littérature
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commentaires

sarrouiih 13/12/2015 16:34

stp tu peut m'aider vu que t'a lu le livre

sarrouiih 13/12/2015 16:36

je doit faire une lettre de 2 page sur steph qui ecrit une lettre a ces parents ,sinongorgio qui ecrit a sin amis ,sinon Anyia ecrit a ses enfants

caroline 05/06/2015 21:54

il est bien ce livre

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