Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 23:53
LE CERCLE NOIR (THE STONE KILLER), de Michael Winner
Columbia, 1973

Le cercle de la violence 

cercle noir 1Ouverture pastorale sur une branche d’arbre. L’élargissement du plan révèle une rue de New York où la police encercle un immeuble dans lequel s’est réfugié un jeune homme de 18 ans, armé, qui a blessé un policier au cours d’un cambriolage. Arrive le Lt Lou Torrey (Charles Bronson), qui finit par abattre le délinquant quand celui-ci tourne son arme contre lui. Crépitement des flashs des photographes qui « immortalisent » la scène.


Le ton est donné. C’est la tranquillité qu’on assassine, et Charles Bronson est un policier poussé à la violence par la société dans laquelle il vit. Dans la scène suivante, il dénonce la loi américaine qui autorise la vente libre d’armes à feu. Plus tard dans le film, il mettra sur le même plan un suspect détenteur d’armes et le beau-frère de son propre patron qui en possède probablement trois chez lui, et mentionnera le chiffre de quinze millions d’armes détenues au même moment par d’honnêtes citoyens américains dans leur domicile privé. En chemin, on aura croisé un vétéran du Viêtnam noir rendu violent et paranoïaque par son expérience guerrière, et un médecin dénonçant l’armée comme une fabrique de meurtriers et de psychopathes. La même problématique vaut pour la police, dont l’efficacité repose sur des hommes tels que Torrey, enfermés dans le cercle de la violence. Des hommes qui attisent la colère du public, relayée par les médias, et suscitent l’inquiétude de leur hiérarchie, mais qui n’en continuent pas moins d’agir car, comme l’affirme l’un des supérieurs de Torrey, ils comptent parmi les meilleurs enquêteurs. L’un des criminels, qui loue ses services à la mafia pour organiser le massacre d’autres mafieux, est lui-même un militaire de carrière, qui de Pearll Harbor à la Corée s’enorgueillit d’avoir été présent dans toutes les guerres et qui, maintenant, vend au plus offrant le savoir-faire enseigné par le gouvernement.


cercle noir 2Les noms contribuent à brouiller les cartes : le mercenaire s’appelle Lawrence, comme l’inspecteur de New York, Lorenz. Gus est à la fois l’ancien soldat devenu détenu et l’un des mafieux. Wexton, le nom de deux personnages à qui s’intéresse la police avant de découvrir que le Wexton qui les intéresse est aussi le nom d’une ancienne ferme indienne servant de base aux mercenaires. Le criminel Albert Langley est également connu sous le nom de Al Lawson. Dans cette valse des noms, c’est l’imbroglio de la violence qui se lit, où tout se mêle, où les bons côtoient les méchants et baignent dans la même atmosphère de meurtre et de sang. Meurtre et sang transmis de génération en génération puisque l’histoire tourne autour d’un anniversaire sanglant, celui des « vêpres siciliennes », nom donné au massacre des familles siciliennes par le Syndicat du crime le 10 avril 1931, un anniversaire que l’héritier sicilien veut commémorer en accomplissant une nouvelle tuerie qui rendra la direction de la mafia aux Siciliens. Tout change et rien ne change : comme l’univers dans lequel Torrey tourne en rond, l’histoire du crime est un cercle noir. Le parcours même de Torrey montre combien il est illusoire de fuir ce cercle : muté à Los Angeles, il ne cesse de revenir à New York, les mêmes criminels officiant d’un bout à l’autre du pays.


cercle noir 3L’enquête amène la caméra dans les différents milieux où s’écrivent les Etats-Unis des années 1970 : New York, Los Angeles, un temple hippie, les quartiers noirs où la police haïe représente le pouvoir blanc oppressif, le désert qui sert de camp retranché aux militaires dévoyés… A la fusillade dans le désert, filmée et mise en musique comme une séquence de western, répond la fusillade finale dans les sous-sols d’un immeuble new-yorkais : l’Histoire se répète, inlassablement. Lorsque Torrey tue Langley, il revoit la mort du délinquant de 18 ans : le cercle, toujours.


A la fin du film, le constat est amer : cette répétition se perpétuera, peu importent les chiffres accablants de la criminalité cités par Torrey. Au moment même où il entame sa diatribe contre la criminalité, le parrain Al Vescari (un autre Al), responsable d’une tuerie au sein de la mafia, confesse de menus péchés dans une église. Violence, impunité, permanence dans le changement. L’Amérique de 1973 n’est pas différente de l’Amérique de 1931. Et celle de demain pas davantage.
Thierry LE PEUT

Partager cet article

Repost 0
Published by Bloggieman - dans US cinéma
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le Blog de Bloggieman
  • : Livres, films, séries, société : Bloggieman vous livre ses impressions.
  • Contact

Rechercher

Pages