Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 16:57

FRONTIER MARSHAL par Allan Dwan

20th Century Fox, 1939

 

frontier 14Romance magnifiée

Produit en 1939 par la 20th Century Fox, Frontier Marshal donne à Randolph Scott (il a alors 41 ans) le rôle de Wyatt Earp, le légendaire marshal de Tombstone. A ses côtés, Doc Halliday est interprété par César Romero qui, lui, n’a que 32 ans. Le film est une romance, parfois naïve (notamment dans la scène de l’attaque de la diligence, où les deux personnages échappent miraculeusement aux balles des bandits bien maladroits), qui conte la rencontre et l’amitié immédiate de Earp et Halliday, avant de donner beaucoup d’importance à la relation complexe de Halliday avec les deux femmes du film : la première, une infirmière douce et déterminée jouée par Nancy Kelly, a suivi depuis l’Idaho la trace de l’homme qu’elle aime, lequel refuse son amour parce que, malade, il ne veut pas de sa pitié ; la seconde, danseuse de bar interprétée par Binnie Barnes, a un caractère bien trempé (sa première scène s’achève d’ailleurs par un bain de siège que lui dispense le très macho Randolph Scott dans un moment délicieux) et n’entend pas renoncer à celui qu’elle aime, elle aussi, mais qui n’a recherché la chaleur de ses bras que pour tenter d’oublier le véritable objet de son amour.

 

frontier 3


Le fil convenu de cette romance est toutefois mêlé à la trame westernienne qui en constitue l’écrin. Ainsi l’ouverture du film retrace-t-elle, en quelques minutes et une suite de plans alternés et bientôt surimposés, la naissance de Tombstone, ville-champignon née de la ruée vers les mines d’argent à la suite de la découverte du premier filon en territoire apache par Ed Schieffelin – à qui l’on avait prédit que la seule chose qu’il trouverait dans les montagnes serait sa propre tombe (tombstone) – et devenue rapidement le berceau de la légende de Wyatt Earp. Le scénario semble donc épouser le destin du héros Wyatt Earp, présenté dans une scène précisément héroïque, avant de bifurquer en introduisant le personnage de Halliday, dont on suit alors l’histoire amoureuse. Earp semble dès lors devoir n’être que le témoin d’une aventure qui n’est plus la sienne, mais la présence de bad guys dans l’ombre le ramène sur le devant de la scène. C’est la trame amoureuse qui explique la réunion des deux hommes au moment de l’attaque de la diligence, et plus tard, en ville, la romance et l’action se croisent de nouveau pour amener le dénouement dramatique. Frontier Marshal offre ainsi une construction plus complexe qu’il n’y paraît, semblant conter deux histoires qui, loin de cheminer en parallèle, avancent au contraire de manière imbriquée et complémentaire.

 

frontier 11


Cette idée de concomitance fait aussi se côtoyer de manière très étroite, comme sur la scène d’un théâtre, des lieux et des motifs légendaires. Ainsi le drame se joue-t-il dans quelques décors regroupés autour d’un coin de rue, à l’exception de quelques rares séquences extérieures à la ville, lesquelles s’en trouvent du même coup rehaussées : il s’agit de l’attaque de la diligence et des deux séquences complémentaires où Earp est conduit hors de la ville et tabassé par une poignée de bad guys, qu’il s’en retourne ensuite cueillir au saloon, après avoir accepté le poste de marshal, pour les conduire à son tour au même endroit et leur infliger la leçon qu’ils méritent. Ce diptyque placé sous le signe de la pénombre, tout se déroulant en une seule nuit, met en exergue la morale biblique du western, œil pour œil dent pour dent, et installe en quelques minutes la figure du marshal, non pas invulnérable mais doté d’une arme plus puissante que celles des méchants de tout poil : le sens de la justice et la détermination. Ce sont aussi ces qualités qui font de Earp l’intercesseur idéal entre Doc Halliday et les deux femmes qui se disputent ses faveurs, accentuant l’imbrication étroite des lignes dramatiques. Mais c’est bien dans la ville qu’est ancré l’essentiel du récit, entre les deux saloons concurrents qui s’arrachent la présence de l’artiste Eddie Foy (joué par Eddie Foy, Jr), lors d’une longue séquence qui, plus qu’une digression, illustre la montée en puissance de l’antagonisme qui conduira au dénouement fatal. La proximité spatiale est commandée par l’enchaînement serré des séquences, à l’image de l’ouverture du film qui condense plusieurs années et plusieurs événements (la découverte du filon de Schieffelin, la ruée vers les mines d’argent, la naissance et le développement de la ville) en quelques minutes, surimposant les plans plutôt que de les enchaîner : lorsque Curly Bill, le bad guy, met Earp au défi de le rejoindre à OK Corral, on imagine un changement de lieu et une scène de transition, mais le corral se révèle tout proche, jouxtant le saloon devant lequel le destin de Doc Halliday vient de se jouer. Randolph Scott n’a ainsi que quelques pas à faire et le sort des méchants se joue alors que les deux femmes pleurent encore leur bien-aimé. Les actions, comme les plans de l’ouverture, se superposent, combinant les deux intrigues et, du même coup, les émotions suscitées par la mort d’un personnage et la justice aussitôt rendue.

 

frontier 17


      Si le trait paraît parfois forcé, le film possède toutefois un charme certain et quelques plans persistent dans la mémoire, comme des tableaux isolés. Celui de Sarah couchée, seule, dans son lit, après avoir été éconduite brutalement par Doc Halliday, et résignée à reprendre le lendemain la diligence qui l’a amenée de fort loin, et au prix de bien des efforts. C’est l’image d’une sainte baignée de lumière, qui se révélera cependant moins désarmée qu’au premier abord. La scène fait pendant à celle, à la fin du film, où la même est vêtue de noir en signe de deuil, et où elle prend la décision riche de sens de demeurer à Tombstone. Cette robe de deuil apparaît comme l’écho visuel du costume porté dès sa première apparition par le Doc, chemise blanche mais costume noir, aussi noir que ses cheveux, et qui trouve un autre écho dans le costume également noir que porte Wyatt Earp dans la séquence du dénouement. La séquence de l’opération chirurgicale dans le saloon, tendance mélodrame, contient aussi un plan magnifique : celui du Doc entouré de « ses » deux femmes, et le regard lourd, presque halluciné, de Jerry, la délaissée, qui observe le duo formé par le docteur et l’infirmière, absorbés dans leur tâche. On sent, dans ce regard, non seulement la conscience d’avoir perdu, et l’acceptation douloureuse qu’elle suppose, mais aussi le hiératisme prémonitoire d’une Parque, contemplant l’homme dont elle a, inconsciemment, scellé le destin. Le renoncement se mêle à la prescience du drame tandis que la Moira contemple, droite comme la Justice, les mortels inconscients du drame qui va se jouer.

Malgré son allure de « petit » film, Frontier Marshal possède ainsi une force dramatique qui tient autant à la concentration de l’action qu’à la beauté de ces fulgurances qui le traversent. 

Thierry LE PEUT

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Bloggieman - dans US cinéma
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le Blog de Bloggieman
  • : Livres, films, séries, société : Bloggieman vous livre ses impressions.
  • Contact

Rechercher

Pages