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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 18:24

 

Backlash 0ENQUETE ET ROMANCE EN TECHNICOLOR

Réalisé par John Sturges en 1956, Backlash (Coup de fouet en retour, mais on rencontre aussi sur certaines affiches le titre Le secret des 5 tombeaux ! – qui semble être la traduction française du titre allemand) est un honnête western qui vaut plus par son rythme, sa photographie et sa distribution que par l’originalité de son histoire. Celle-ci est tirée d’un roman de Frank Gruber, adaptée par Borden Chase.

L’histoire : Jim Slater cherche à percer le mystère qui entoure la mort de cinq hommes à Gila Valley, près de Silver City, en Arizona. Ces cinq chercheurs d’or ont été massacrés par les Apaches et le bruit court encore que 60.000 dollars en or seraient cachés quelque part. Mais Slater est convaincu, lui, qu’il y avait un sixième homme, qui a pris la fuite en laissant les autres se faire massacrer. Il est déterminé à retrouver ce sixième homme afin de venger la mort de son père, qui faisait partie des cinq victimes. Tandis qu’il mène cette enquête, il rencontre une femme qui, elle, semble s’intéresser à l’or.

       Backlash 15 bis

 

Le film est mené sans temps mort grâce à une succession de séquences qui matérialisent sur la route de Jim Slater (Richard Widmark) plusieurs obstacles plus ou moins liés à son enquête. Dès la première séquence, Sturges impose une dynamique forte : une femme (Karyl Horton, jouée par Donna Reed) traverse le désert à cheval, épiée par un tireur embusqué dans les rochers en aplomb. Elle se rend à la rencontre d’un homme occupé à creuser au milieu des décombres d’un abri. Ainsi sont réunis Donna Reed et Richard Widmark. Quelques mots sont échangés, qui permettent de savoir que l’on est à Gila Valley et qu’il y a de l’or quelque part, mais que cet or n’est pas la raison de la présence de Widmark. Puis viennent les coups de feu : alors qu’il s’est approché du cheval de la dame à l’invitation de cette dernière, Widmark est pris pour cible par le tireur embusqué. Il soupçonne la femme de lui avoir tendu un piège mais s’élance sur le cheval de la belle intrigante en direction des rochers. Le cheval est abattu et l’homme poursuit à pied. L’action ici est simple, nécessite peu de moyens, mais est très bien mise en espace par Sturges, qui filme avec fluidité les mouvements des deux hommes dans les rochers. Il faudra quelques minutes à Widmark pour venir à bout du tireur.

Deuxième séquence : Widmark et Reed se rendent à Silver City pour remettre au shérif le corps du tireur embusqué. Suit une conversation entre Widmark et le shérif, qui le met en garde contre les deux frères du défunt, les peu recommandables frères Welker, et le renvoie vers une autre destination pour parler au sergent Lake, qui a enterré les corps de Gila Valley.

 

Backlash 35 bis

 

La troisième séquence tourne donc autour de la rencontre avec Lake, compliquée par une attaque d’Indiens. Widmark et Reed sont de nouveau réunis (il a fait route à cheval, elle dans une diligence, tous deux suivant la même piste) puis séparés. La quête de Jim Slater est toujours présente mais retardée par l’urgence de la situation, qui permet à Sturges de filmer plusieurs fusillades entre Blancs et Apaches, dans un relais de chevaux et en suivant la course d’une diligence, des scènes d’action parfaitement maîtrisées.

 

Backlash 36 bis

 

Le film progresse ainsi selon un découpage parfois brutal car les protagonistes ne sont pas censés voyager ensemble et leur quête les amène à traverser le pays, de l’Arizona au Texas, où sera situé le dénouement. La relation entre l’homme et la femme apparaît hachée et conflictuelle, même s’il est clair que leur romance est l’un des objets principaux du film. Romance et enquête dans l’Ouest, ainsi pourrait se résumer Coup de fouet en retour (au passage, on remarque que Donna Reed tient effectivement un fouet à un moment du film, mais le titre a plutôt un sens métaphorique, qui renvoie au choc psychologique qui attend le héros au terme de son voyage).

Car Backlash a parfois été classé parmi les « westerns psychologiques » en raison de son sujet. Jim Slater en effet, en cherchant son « sixième homme », est aussi sur la trace de son père, qu’il n’a pas véritablement connu puisqu’il était encore très jeune quand l’homme est parti. Il a cependant reçu de lui une lettre, qu’il conserve sur lui et que trouvera Donna Reed. Son père l’y invitait à le rejoindre à Gila Valley, où il s’était associé à cinq autres hommes pour chercher de l’or. De là vient la certitude qu’il existe un sixième homme, puisque cinq corps seulement ont été mis en terre par le sergent Lake. A mesure que l’histoire progresse, c’est le rapport à l’image du père qui s’impose comme le caractère principal de Jim Slater. En cherchant à le venger, ce dernier s’inscrit dans le respect envers un père qu’il idéalise, et que le massacre de Gila Valley l’a empêché de retrouver. L’intérêt de l’enquête policière que constitue le parcours de Widmark et Reed est cependant que les certitudes de Jim Slater sont bientôt mises à mal. Des cinq cadavres, trois ont pu être identifiés ; un quatrième l’est bientôt, lorsque Widmark et Reed rencontrent Carson, propriétaire d’un ranch au Texas. Il n’en reste qu’un. Or, le père de Slater et le fiancé de Karyl se trouvaient tous deux à Gila Valley. Il faut donc bien que le survivant soit l’un d’entre eux. Et s’il s’agissait du père de Slater ? Si son père, au lieu d’être l’une des victimes, était en fait le lâche qui a laissé massacrer les autres ?

Telle est la question qui se pose au terme du voyage de Slater. Reconnaissons toutefois que cet aspect psychologique ne prend pas le pas sur l’action, qui continue de se dérouler à un rythme vif. Sturges s’emploie à entretenir un certain mystère le plus longtemps possible, en cachant à Widmark (mais pas au spectateur) le visage du sixième homme qu’il a si longtemps cherché. Ce n’est que dans la dernière séquence du film (j’entends par là la partie qui se déroule au Texas, elle-même découpée en plusieurs épisodes) qu’intervient John McIntire, qui campe un opposant convaincant à Slater, même si l’on aurait attendu du personnage un peu plus de panache, impression accentuée par une confrontation finale qui perd la moitié de l’intensité dramatique attendue du fait de la superposition de deux actions (le « duel » Widmark – McIntire et la rencontre des deux armées de pistoleros).

 

 Backlash 39

 

Coup de fouet en retour présente ainsi tous les charmes du western (un tournage presque exclusivement en extérieurs, dans un superbe Technicolor, un héros solitaire et une femme de tête qui lui est destinée, des Indiens et des opposants patibulaires, des duels dans la rue principale et un finale à la OK Corral – la réunion de tous ces éléments pouvant prêter le flanc à l’accusation de céder à tous les clichés du genre !) auxquels s’ajoute le mystère d’une enquête policière et un dilemme psychologique intéressant. Tout ce qu’il faut pour offrir un divertissement de bonne tenue et nullement honteux.

 

Thierry LE PEUT 

 

(BACKLASH) COUP DE FOUET EN RETOUR de John Sturges

Universal, 1956 - 1 h 21

D'autres avis sur ce film : 

DVDClassik

Wild Wild Western

 

Backlash 6

 

Backlash 10 bis

Richard Widmark et John McIntire

Backlash 14 bis

Richard Widmark et Donna Reed

Backlash 20 bis

Backlash 24

 

 

 


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