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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 19:49
CERTAINS L'AIMENT CHAUD (SOME LIKE IT HOT), de Billy Wilder
United Artists, 1959

Personne n'est parfait, évidemment !

some like it 16Billy Wilder et le scénariste I.A.L. Diamond ont emprunté l’idée de départ – des musiciens qui se travestissent – à un film de 1935, Fanfare d’amour, réalisé par Richard Pottier sur un scénario de Michael Logan et Robert Thoeren. Mais le film est véritablement né lorsqu’ils ont eu l’idée de situer l’action en pleine prohibition et de l’ancrer dans le Chicago de 1929. Travestis pour gagner leur vie dans Fanfare d’amour, les musiciens de Wilder et Diamond le sont pour sauver la leur : ils sont en effet les uniques témoins vivants d’un règlement de comptes entre mafieux, pour lequel Wilder s’est inspiré du massacre de la Saint Valentin. Cette idée imposa la plupart des personnages du film, gangsters, bootleggers, milliardaires vieillissants de la ceinture dorée américaine, jazz-band…

 

some like it 9A l’origine prévu pour Frank Sinatra et Mitzi Gaynor, le film ne retint pas l’attention de Sinatra, que Wilder remplaça par Tony Curtis, et le souhait de Marilyn Monroe de participer au film régla le sort de Mitzi Gaynor. Alors au sommet de sa gloire, Marilyn interprète deux chansons qui appartiennent aujourd’hui à sa légende : I Wanna Be Loved by You et I’m Through with Love, ainsi qu’une autre peut-être moins légendaire, Runnin’ Wild. Surtout, sa présence électrise le film et confère une touchante humanité à son personnage de jeune musicienne déçue par les hommes, véritable sex symbol par sa plastique et son ingénuité, propres, l’une comme l’autre, à chambouler le cœur des hommes. La scène du yacht, où elle s’émeut de l’impuissance résolue de Curtis travesti en milliardaire et tente de l’aider en lui procurant des sensations auxquelles il prétend être indifférent, résume à elle seule la fascination dont Marilyn est le symbole. Sur le tournage, le comportement de la star – connue pour ses retards… - rendit effectivement l’ambiance électrique entre elle, Wilder et Curtis, mais pour d’autres raisons !

 

A l’époque, on prédit l’échec du film parce qu’il transgressait certaines règles de la comédie, en particulier en ancrant l’histoire dans un massacre sanglant. Wilder aggrave d’ailleurs son cas dans la dernière bobine, puisqu’il filme un nouveau massacre dans le dénouement ! Pourtant, le succès ne s’est jamais démenti, au point de faire entrer Certains l’aiment chaud (‘Hot’, dans le titre original, ne fait pas seulement référence à la chaleur provoquée par Marilyn mais au jazz endiablé qui se jouait à l’époque de la prohibition) au Panthéon de la comédie américaine. Le duo formé par Curtis et Jack Lemmon est proprement irrésistible, la présence de Marilyn lumineuse et le film emporté par un dynamisme qui ne se dément pas jusqu’à la dernière scène. L’ultime réplique, totalement inattendue, est même l’un des morceaux les plus connus du film, point culminant de l’art du quiproquo déployé durant près de deux heures (autre raison pour laquelle on ne croyait guère à ce film, trop long).

 

some like it 2Dès l’ouverture du film, Wilder joue avec cette violence en mettant en scène une poursuite entre police et bootleggers qui s’achève sans blessé, puis en faisant d’une entreprise de croquemorts la couverture d’un bar clandestin (speakeasy) où la police effectue une rafle. Il s’amuse aussi à établir des passerelles avec les « vrais » films de gangsters, en confiant le rôle de son mafieux Spats Colombo à George Raft, partenaire de Paul Muni dans le Scarface de Howard Hawks, et le rôle d’un tueur à Edward G. Robinson Jr. Le rôle du policier Mulligan échoit également à un habitué des films noirs, Pat O’Brien. L’exécution de mafieux tournée dans un garage renvoie par sa mise en scène au véritable massacre de la Saint Valentin et la pétarade finale parodie les « conventions » de gangsters, le travail sur la lumière ajoutant à l’hommage. Wilder prend soin aussi de filmer son Colombo « à la manière d’ » un film de gangster, commençant par les pieds – ici revêtus de guêtres qui donnent son surnom au personnage dans la version originale – pour remonter jusqu’au visage. Et, bien sûr, le film reprend tout l’attirail de la prohibition, les voitures munies de ces plateformes latérales sur lesquelles se hissent les truands (ici, Spats Colombo), les mitraillettes camemberts (ainsi appelées parce que les balles sont stockées dans un volumineux chargeur rond), les speakeasys, les costumes – tout ce que la télévision de 1959, justement, allait réunir dans la série Les Incorruptibles.

 

La construction du film respecte la règle des trois actes : une vingtaine de minutes d’exposition, une petite demi-heure de dénouement, et entre les deux l’acte principal d’une heure environ, entre le départ de Chicago et la réapparition des gangsters. Le dynamisme de l’action ne fait défaut à aucune de ces parties, les poursuites caractérisant les actes 1 et 3 tandis que le travestissement et les quiproquos se succèdent dans l’acte central. La prestation de Curtis et Lemmon en femmes est délicieuse et déclinée dans plusieurs scènes devenus des morceaux d’anthologie : l’arrivée au train – où les jambes des deux compères et leur démarche maladroite forment un savoureux contraste avec celles de Marilyn Monroe -, le détour par les toilettes pour remettre en place les seins décrochés, la répétition de Runnin’ Wild où Lemmon fait virevolter sa contrebasse, la petite fête improvisée dans la couchette de Lemmon-Daphné, l’arrivée à l’hôtel de Floride et la première rencontre de Daphné avec le milliardaire Osgood Fielding III (et de Curtis-Joséphine avec un jeune groom entreprenant), la baignade…

 

Jeux d’acteurs, rythme bondissant, musique endiablée, reconstitution historique : tout dans Certains l’aiment chaud assure la réussite du spectacle, faisant mentir les critiques qui trouvaient le film trop long. Et bien sûr Marilyn, son Poo-Poo-Pi-Doo et son visage désespérément touchant quand elle chante J’en ai fini avec l’amour
Thierry LE PEUT

 

some like it 8

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Published by Bloggieman - dans US cinéma
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commentaires

Bloggieman 15/12/2009 22:05


Je suis bien d'accord. Même si le quiproquo sur lequel repose le film est tout à fait "politiquement correct", la richesse du "sous-texte" en fait un film... doublement délicieux.


Jerem 15/12/2009 22:02


Un film dont on ne se lasse pas avec une première partie que je trouve, personnellement, absolument captivante.
Enfin, voir que la réplique finale a réussi à passer la censure est aussi une des réjouissances de l'affaire.


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