Mercredi 7 octobre 2009
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UN CRIME PARFAIT, de David Grann
Allia, 2009, 3 €
Le visage de la vérité

Sous-titré
Un polar postmoderne, ce petit opus de David
Grann - publié en petit format chez Allia - propose une histoire criminelle restituée avec la minutie d'un article de journal. Grann est d'ailleurs journaliste au
New Yorker. Tout commence
par le compte rendu du crime, jusqu'au classement de l'affaire, faute d'éléments suffisants pour désigner un coupable. Le crime, c'est le meurtre d'un homme, un homme apparemment sans histoire, et
sans ennemi. Mais ce classement n'est que le début de l'investigation relatée par David Grann : des années plus tard, un inspecteur de police réouvre le dossier, relance l'enquête... et tombe sur
une piste prometteuse.
Toute cette histoire se passe en Pologne, lieu assez inhabituel pour retenir l'attention au premier abord. Le "héros", l'inspecteur Jacek Wroblewski, 38 ans - que ses collègues appellent Jack
Sparrow, comme le personnage incarné par Johnny Depp dans
Pirates des Caraïbes, parce que c'est grosso modo la traduction de son nom en anglais -, est un détective tenace, du genre à ne
rien lâcher s'il tient une piste.
Voilà les conditions de l'histoire en place. Une fois sur la piste du coupable, le détective opiniâtre est déterminé à aller jusqu'au bout... dût-il se tromper. Car c'est là que réside l'intérêt
principal du récit de Grann. Les déductions de l'inspecteur sont troublantes, et plus encore lorsque les faits semblent venir les confirmer. Pourtant, le doute subsiste jusqu'à la dernière page. Et
il subsiste d'autant plus que la victime est trop belle. Personnage paradoxal en partie défini par son goût de la provocation et ses inspirations philosophico-littéraires plus ou moins nihilistes,
le coupable désigné a principalement contre lui l'unique livre qu'il a écrit, dans lequel l'inspecteur puise la matière de ses déductions. L'invention littéraire devient le principal argument de la
vérité construite par le détective.
Le récit se construit autour de cette notion de vérité, d'autant plus difficile à découvrir que le coupable idéal est habité par la conviction qu'un mensonge suffisamment crédible et répété n'est
rien d'autre qu'une vérité nouvelle, créée de toutes pièces. Et si la vérité du détective n'était rien d'autre qu'une invention plausible, mais une invention tout de même ? Si la vérité qu'il
construit à partir du livre, et même si elle le mène à mettre au jour des faits qui la confirment et l'étayent - si cette vérité qui conduit à la condamnation d'un homme n'était finalement qu'un
mensonge ? "
Ils ont construit cette réalité et maintenant ils me forcent à y vivre", déclare dans sa prison le coupable désigné, prêtant sa voix au spectre glaçant de la manipulation
ultime, celle qui finit par substituer une réalité à une autre.
Un livre à lire et à méditer, à la lumière de la phrase qui occupe sa quatrième de couverture :
"L'art de duper ses pairs est le visage même de la vérité."
TLP
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