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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 21:30
THE TRUE STORY OF JESSE JAMES, par Nicholas Ray
20th Century Fox, 1957


Imprimez la vérité
« Si la légende est plus belle que la vérité, imprimez la légende. »

La maxime (célèbre) de L’Homme qui tua Liberty Valance résume d’une certaine manière la tension qui exista entre Nicholas Ray et les producteurs de The True Story of Jesse James. Le premier voulait restituer la légende du hors-la-loi, très connue aux Etats-Unis, en construisant même son film autour des couplets d’une folk song chantant la vie et la mort du « brigand bien-aimé ». Les autres voulaient un film basé sur une documentation historique, plus proche du biopic. Le film que l’on peut voir aujourd’hui est le résultat de cette tension, mais plus proche de ce que souhaitaient les producteurs que du film rêvé par Ray.

Le film, scénarisé par Walter Newman d’après un scénario antérieur de Nunnally Johnson utilisé pour le Jesse James de Henry King en 1939, repose sur une structure en flashbacks. Le récit commence in medias res, par la déconfiture du gang des frères James lors de leur dernière attaque ratée à Northfield, Minnesota. Un posse mené par le shérif Hillstrom et le chef de l’agence de détectives Remington se lance aussitôt sur les traces des survivants de la bande, puis le récit nous transporte dans le Missouri, au chevet de la mère des frères James. C’est le lieu du premier flashback, pris en charge par la mère des brigands, puis du deuxième, conté par la femme de Jesse, Zee. Viendra un troisième, narré par Frank James depuis la grotte où il s’est réfugié avec Jesse et un troisième survivant, Tucker. S’il est vrai que Nicholas Ray avait en horreur ce procédé du retour en arrière, on peut comprendre qu’il n’ait pas compté The True Story of Jesse James parmi ses films favoris.

De fait, les ruptures amenées par les retours en arrière brisent le rythme vif instauré par les premières séquences, de la fusillade de Northfield à la halte des fugitifs dans une grotte de montagne. Entre les différents flashbacks, le récit suit son cours, pour ne plus être interrompu après le troisième flashback, qui explicite les événements ayant mené à l’attaque ratée de Northfield. De cette construction résulte un sentiment d’inéluctabilité qui tient aussi, bien sûr, à la nature historiquement exacte des événements relatés. Le film s’ouvrant sur un carton qui insiste sur sa fidélité envers les faits, on en connaît d’emblée la conclusion.

La nature de « ballade » du film, telle que la voulait Ray, reste visible malgré les concessions faites à ses producteurs. Le film se referme sur la chanson de Jesse James que clame un pauvre hère accompagné d’un Noir, couple que l’on a aperçu plus tôt dans le film. La structure même du film, qui s’ouvre sur la dernière attaque du gang avant de revenir aux sources de son histoire, place les différentes étapes du parcours des frères James à l’intérieur du récit de leur « chute ». Visuellement, chaque flashback est séparé du reste du métrage par un effet de fumée rougeoyante, qui donne l’impression que chaque micro-récit est comme une perle déposée dans l’écrin du récit dominant, celui de l’incident de Northfield et de sa suite, la mort de Jesse James. Une perle, ou un couplet.

Ray voulait, écrit Jean Wagner, « faire revivre la légende en mettant en relief son aspect poétique » (Nicholas Ray par Jean Wagner, Rivages/Cinéma, 1987). Le film, dont Ray, paraît-il, quitta le tournage avant la phase de montage, n’a pas cette dimension. Certaines scènes, peut-être, en portent le germe, comme celle des frères James lançant leurs chevaux du haut d’un précipice pour se jeter avec eux dans une rivière afin d’échapper à leurs poursuivants. La reconstitution de la fusillade, elle aussi, moment fort du métrage, décliné au début du film puis de nouveau dans le troisième flashback, avec davantage de détails, évoque autant la légende que la réalité. Mais les prestations de Robert Wagner et Jeffrey Hunter, respectivement Jesse et Frank James, ne cèdent pas au lyrisme « poétique ». Leur jeu est plutôt retenu, ou, pour emprunter l’expression de Jean Wagner, ils jouent « en dedans d’eux-mêmes », au point même de sembler « appartenir à un autre film ». En proposant peu de plans rapprochés, Ray les maintient tout le long du film à distance, comme si l’obligation de coller à la vérité historique rendait difficile, voire impossible, l’identification aux personnages.

La fin du film, la mort de Jesse James, est elle aussi traitée sans emphase, au point d’apparaître comme un morceau obligé, dont ne se détache finalement ni la figure de James ni celle de Robert Ford, le lâche Robert Ford, qui sombra dans l’oubli après avoir abattu Jesse James d’une balle dans le dos.

Nicholas Ray n’eut ni le choix de l’acteur (il voulait Elvis Presley, on lui imposa Robert Wagner, star montante de la Fox) ni celui du scénario. Pourtant, on reconnaît dans son Jesse James quelques caractéristiques de ses héros adolescents, qui réagissent à la violence du monde par une violence personnelle proche de la rage, de l’explosion. Même si Robert Wagner peine à exprimer cette violence, le scénario l’expose. Jesse est un adolescent battu, humilié, qui réagira en devenant hors-la-loi par vengeance. Par la suite, il aimera la violence pour elle-même, au point de vouloir tourner son arme contre ses propres acolytes. Son incapacité à refréner sa colère lui fera perdre, ainsi qu’à son frère, la jouissance de l’amnistie un moment proposée par le gouverneur du Missouri. Mort à trente-quatre ans, il fait figure d’adolescent qui meurt de n’avoir pas su passer le cap de l’âge adulte, au moment même où il s’apprêtait à passer ce cap en abandonnant les grands chemins pour la petite vie tranquille dont il rêvait jadis. Hélas, le film ne parvient pas à laisser s’exprimer cette violence explosive autrement que dans quelques scènes, notamment la fusillade de Northfield. La scène de la dynamite lancée dans la maison des parents James par des représentants de la loi, qui blesse la mère et tue le jeune frère, reste en deçà de ce qu’elle aurait pu être. On assiste ainsi à la découverte du cadavre du jeune garçon sans que l’émotion parvienne à franchir l’espace entre cette forme sans vie et le cœur du spectateur. Ce qui s’exprime ici est en définitive la distance entre le film rêvé par Ray et celui qu’on l’obligea à réaliser. Il y manque précisément ce « supplément d’âme » qui fait les grandes histoires. TLP

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Published by Bloggieman - dans US cinéma
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commentaires

Jongil 05/10/2009 23:49


*en lisières *supposée
Décidément...


Jongil 05/10/2009 23:44


Un film dont je garde un bon souvenir. Il faut dire aussi, donc, à ce que je lis, que je rejoins le point de vue des producteurs...
Ha ! le bonheur d'une reconstitution historique naturaliste et en temps réel (lent) d'un drame privé oublié. Ha ! le Moi, Pierre Rivière de René Alliot... Enfin, non, il faut tout de même savoir
tenir en lisière ses perversions. Pourtant, je crois bien que c'est ce que j'ai apprécié, de mon côté, dans la scène du meurtre de Jesse...
Et encore, on avait su nous épargner la pluie, dont vous savez combien elle est supposé donner un côté "réaliste" aux films d'histoire. On vous en souhaite d'ensoleillés !


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