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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 13:51

Au sujet de la polémique suscitée par le discours de Nicolas Sarkozy au congrès de Versailles

 

Les faits

 

Le député-maire de Vénissieux (Rhône), André Gerin, a déposé le mercredi 17 juin 2009 une demande de création d’une commission d’enquête parlementaire sur le port du voile intégral. Le 4 juin, dans son discours du Caire, le président américain Barack Obama avait déclaré qu’il n’était pas du ressort des Etats occidentaux d’interdire le port de ce vêtement musulman. Le 22 juin, le président français Nicolas Sarkozy déclarait, dans son discours du congrès de Versailles, que la burqa ne serait « pas la bienvenue sur le territoire de la République française », car elle est « un signe d’asservissement », « un signe d’abaissement ». (Voir, ci-dessous, l'extrait du discours de Versailles.)

 

Le vote, en 2004, de l’interdiction du port du voile à l’école avait sucité une vive polémique. Les propos du président de la République à Versailles en juin 2009 étaient évidemment attendus, et discutés avant même que d’être entendus : certains contestaient la pertinence d’un débat qui ne pouvait que réveiller la polémique, d’autres criaient par anticipation au recul des libertés, d’autres encore réclamaient uen décision ferme sur la question. Avant comme après, on a tout entendu, exactement comme en 2004. Pourtant, y a-t-il là de quoi émouvoir l’opinion ? Y a-t-il là quelque chose de nouveau sous le soleil ? Pas vraiment. On a donc pu lire aussi que les propos du président étaient destinés à suciter volontairement une polémique de nature à détourner l’attention de l’opinion et des médias des autres priorités du moment, comme la crise mondiale et la lutte contre la précarité. Parce qu’il est plus facile, et peut-être plus gratifiant pour l’intellect, de se battre sur des principes plutôt que sur des faits. D’autres ont toutefois émis une hypothèse tout aussi vraisemblable, mais plus intéressante : les propos de Nicolas Sarkozy seraient une réponse au président américain, qui en critiquant les interdictions décrétées par certains gouvernements occidentaux aurait mis en cause la France. Le discours de Versailles s’inscrivait ainsi dans la polémique déjà soulevée par le discours du Caire. Ces deux hypothèses remettent en contexte les déclarations du président de la République, et à sa juste place la polémique qu’elles ont suscitée.

 

La polémique

 

Cette polémique ne s’est pas limitée à la France : l’opinion et la presse du monde entier s’en sont fait l'écho. Le n°974 du 2 au 8 juillet 2009 de Courrier International consacrait ainsi huit pages au recensement de quelques-unes des réactions publiées dans le monde, prenant soin de donner la parole aux différentes opinions. La lecture de ces réactions achève de convaincre que la question ne peut être résolue par la discussion, car elle engage des prises de position individuelles qui ne se limitent pas à la question religieuse. L’identité musulmane est au centre de la question de la burqa, et un journaliste a la bonne idée de se demander quel projet culturel est rattaché à cette question vestimentaire : porter la burqa, soit, affirmer son identité musulmane, très bien, mais dans quel but ? S’agit-il de se conformer à une tradition, auquel cas l’appartenance communautaire prend le pas sur l’aspect religieux, ou aux préceptes du Coran, ce qui loin de simplifier le débat met aux prises ceux qui prétendent que le port du voile est bel et bien inscrit dans le texte religieux et ceux qui prétendent qu’il n’en est rien ?

 

On peut, comme Gabriel Albiac dans ABC (Madrid), rappeler la sourate 33, verset 59 du Coran : « O Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. » Mais en citant aussi le verset 55, juste avant : « Nul grief sur elles [les femmes musulmanes qui seraient vues sans voile] », et en rappelant la parole qui revient constamment dans la sourate : « Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » On aura ainsi rappelé que le voile est effectivement évoqué dans le Coran mais qu’il n’est pas fait obligation à la femme de le porter : il est un signe de reconnaissance, destiné à éviter les malentendus et les offenses qui en résulteraient, non un vêtement imposé.

 

Ce n’est pas du Coran que provient l’obligation de porter le voile, qu’il s’agisse du simple hijab (qui encadre le visage) ou de la burqa (qui recouvre tout le corps et dissimule les yeux derrière un grillage). Le Coran appelle à la tolérance et à la miséricorde, non au fanatisme. Lorsque les défenseurs du droit à porter la burqa s’indignent que l’Etat français veuille l’interdire, ils n’accomplissent pas un acte religieux mais un acte politique ; mais en entretenant le doute sur la véritable nature de ce droit (religieux ou civil), ils contribuent parfois eux-mêmes à justifier l’intervention de l’Etat dans son rôle de défenseur de la laïcité.

 

Placée sur le plan de la liberté individuelle, la question du port de la burqa n’est pas plus facile à résoudre. Ceux qui s’indignent de la restriction des libertés se refusent à prendre en compte une réalité pourtant manifeste : la burqa est effectivement un instrument d’oppression dans des pays où les droits des femmes sont piétinés – quand ce ne sont pas les femmes elles-mêmes qui le sont. Les déclarations rapprochées des présidents américain et français ont d’ailleurs donné lieu à un spectacle édifiant : les propos d’Obama ont indigné les défenseurs des droits de la femme parce qu’ils niaient cette oppression et semblaient sinon la légitimer du moins fermer les yeux sur elle, tandis que ceux de Sarkozy, de nature à rassurer les offensés, ont indigné les défenseurs des libertés individuelles. Comment voulez-vous trouver une réponse à la question dès lors qu’une attitude et son contraire soulèvent des tollés comparables ? En plaçant le débat dans le contexte de la défense de la laïcité, Nicolas Sarkozy a au moins le mérite de prendre position, quelles que soient les – éventuelles – arrière-pensées de son discours.

 

La meilleure attitude serait sans doute de permettre le port de la burqa dès lors qu’il est librement choisi et assumé, mais de l’interdire quand il est effectivement un « signe d’asservissement ». Mais quelle loi, quelle justice, pourraient garantir l’application d’un si joli principe ? Faudra-t-il faire passer devant les tribunaux, ou devant des commissions ad hoc, toutes les femmes qui souhaiteront porter la burqa, afin de déterminer si elles agissent librement ou sous la contrainte ? Ce serait là une farce bien singulière, dont le résultat ne serait même pas efficient. En laissant chacune décider librement, sans légiférer, on ouvre la porte, a contrario, au développement d’une posture communautaire dont on imagine les excès.

 

Bien sûr, ces excès ne sont qu’hypothèse. Ils ne justifient pas l’intervention de l’Etat, lequel a suffisamment à faire avec la réalité pour ne pas se mettre à pourfendre les « peut-être » et les « et si… ? ». Mais on peut s’interroger – prenons cela comme une jeu intellectuel – sur la cohérence d’une société qui, sous prétexte de liberté, autorise le port de signes aussi ostentatoires que la burqa : et si, demain, les naturistes décident de se présenter nus à leur travail en arguant du fait que leur conception de la vie s’accommode fort bien de la nudité – et même l’exige – et qu’ils n’ont pas à subir le diktat des gens habillés ? L’absence de signes vaut bien la présence oppressante d’une burqa – oppressante non seulement pour la femme qui en est prisonnière mais aussi pour son entourage. Car je ne trouve pas scandaleux d’évoquer l’agression que peut représenter, pour quelqu’un qui ne porte pas la burqa, la vision d’une femme en burqa. Parler d’intolérance, c’est très bien. Brandir l’étendard de la liberté de chacun, c’est parfait. Refuser en revanche de considérer le point de vue de ceux qui subissent la vue de la burqa, c’est faire montre d’autant d’intolérance qu’on en dénonce chez les autres.

 

Car, si la question suscite tant d’indignation, c’est qu’elle charrie des émotions et des principes qui sous-tendent toute la vie en société. Si la burqa était effectivement un vêtement commun, admis au même titre que la jupe courte ou le piercing, croiser une femme en burqa ne bouleverserait personne. Mais ce vêtement n’a rien de commun ; il est le symbole du sort insupportable de milliers de femmes à travers le monde. Qu’il ait une réelle valeur religieuse ou identitaire aux yeux de celles qui choisissent de le porter et de ceux qui en défendent l’usage ne change rien à cette réalité : qu’on le veuille ou non, que ce soit inscrit ou non dans le Coran, la burqa est un instrument d’oppression, synonyme d’asservissement, de violence, d’intolérance. De même que la svastika, symbole religieux à l’origine, peut difficilement aujourd’hui être dissociée du souvenir de la barbarie nazie ; que cela plaise ou non, que cela choque ou non, c’est ainsi.  TLP


Extrait du discours du congrès de Versailles :

 

(16’05) « Où en sommes-nous avec la laïcité ? Je ne réemploierai pas le terme de « laïcité positive » pour ne pas alimenter une polémique inutile, mais je reste ferme sur l’idée que la laïcité ce n’est pas le refus de toutes les religions, ce n’est pas le rejet du sentiment religieux. La laïcité, c’est un principe de neutralité et un principe de respect. La laïcité, c’est le respect pour toutes les opinions et pour toutes les croyances. Quand Jules Ferry a écrit aux instituteurs, il leur a dit : « Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un seul père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il nous (sic) entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire. » Qui peut oublier que la séparation de l’Eglise et de l’Etat s’est faite dans la douleur ? Mais sommes-nous obligés de continuer cette guerre qui n’a plus lieu d’être ?

Nous ne sommes pas menacés par le cléricalisme. Nous le sommes davantage par une forme d’intolérance qui stigmatiserait toute appartenance religieuse. Je le dis en pensant en particulier aux Français de confession musulmane : nous ne devons pas nous tromper de combat, dans la République la religion musulmane doit être autant respectée que les autres religions. Le problème de la burqa n’est pas un problème religieux, c’est un problème de liberté, c’est un problème de dignité de la femme. La burqa, ce n’est pas un signe religieux, c’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement. Je veux le dire solennellement : elle ne sera pas le bienvenu (sic) sur le territoire de la République française. Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un grillage, coupées de toute vie sociale, privées de toute dignité. Ce n’est pas l’idée que la République française se fait de la femme. Le Parlement a souhaité se saisir de cette question. C’est la meilleure façon de procéder ; il faut qu’il y ait un débat et que tous les points de vue s’expriment. Où ailleurs qu’au Parlement pourraient-ils mieux s’exprimer ? Je vous le dis : nous ne devons pas avoir honte de nos valeurs, nous ne devons pas avoir peur de les défendre.

 

Où en sommes-nous avec la liberté ? * Qu’en avons-nous fait ? La liberté, ce n’est pas le droit pour chacun de faire ce qu’il veut. Etre libre, ce n’est pas vivre sans contrainte et sans règle. Quand il n’y a pas de règle, quand tous les coups sont permis, ce n’est pas la liberté qui triomphe, c’est la loi de la jungle, c’est la loi du plus fort ou celle du plus malin. C’est le débat que nous avons sur lécole. Rendre service à nos enfants, c’est leur enseigner qu’il n’y a pas de liberté sans règle. C’est le débat que nous avons sur l’économie, sur la finance, sur le capitalisme. Nous voyons bien que le capitalisme devient fou  quand il n’y a plus de règles. C’est le débat que nous avons aussi sur le droit d’auteur. […] » (19’48)


* Bien qu'il s'agisse du début de la partie suivante, je reproduis également ces lignes car la question de la liberté est évidemment liée à celle de la laïcité et du port de la burqa.
 

Discours intégral de Nicolas Sarkozy au congrès de Versailles :

 

http://www.liberation.fr/politiques/06011049-l-integrale-du-discours-de-sarkozy-devant-le-congres

 

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Published by Bloggieman - dans Société
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commentaires

Sir Ivan Gordon Stephen 03/02/2016 00:50

Les filles musulmanes peuvent se balader dans les rues habillées avec un sac poubelle sur la tête, si cela leur chante, moi je m'en tape !!!

Nous vivons une époque des plus pourries (chômage, sida, ultra-violence, et j'en passe...) Alors...

Autant être cons pour de bon !!!

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