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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 08:51
WINDTALKERS, de John Woo
MGM, 2002

Honneur et déraison
Dans la filmographie de John Woo, Windtalkers se situe juste après Broken Arrow et Volte Face, dont Woo réemploie les acteurs Nicolas Cage (Volte Face) et Christian Slater (Broken Arrow), mais aussi après Mission Impossible II. Windtalkers comporte de nombreux morceaux d'action mais délivre aussi une histoire plus engagée que les trois films précédents.

Par son thème, d'abord : le film aborde le rôle des indiens Navajos dans la Seconde Guerre mondiale ; recrutés par l'armée américaine parce que leur langue constituait un nouveau code que les Japonais ne parvenaient pas à décrypter (il ne le fut d'ailleurs jamais), ils accompagnaient les soldats au front, où ils trouvaient une opportunité de se battre en "vrais Américains" tout en se heurtant au racisme de ces derniers.

Par son traitement, ensuite : spécialiste de l'action stylisée et des cascades chorégraphiées, Woo tourne Windtalkers au plus près des personnages, au point que certaines scènes d'action pure paraissent secondaires, comme étrangères au récit dont le coeur est le personnage incarné par Nicolas Cage, en particulier les scènes les plus amples, qui dévoilent le champ de bataille vu du ciel.

On a pu écrire que John Woo livrait avec Windtalkers "son" film de guerre, après s'être acquitté de "son" blockbuster-avec-une-mégastar (Tom Cruise). Ce n'est sans doute pas faux, mais ça n'a qu'une importance secondaire. En tant que film de guerre, Windtalkers n'est pas réussi uniquement à cause du brio des scènes de combat, mais surtout par le regard qu'il porte sur la guerre et les combattants.

L'admiration pour les Etats-Unis imprègne le film. On sent que John Woo y rend une forme d'hommage à ce pays qui l'a adopté parmi ses réalisateurs-phares, ayant accès aux plus gros budgets. L'ouverture et la fermeture du métrage sur les grands espaces de Monument Valley traduisent à elles seules ce caractère d'hommage, introduisant une référence explicite au genre mythique américain, le western, présent ici par la confrontation des Indiens et des "cow-boys", explicitée elle aussi par une réplique du Navajo Whitehorse (les Code Talkers navajos étant placés sous la protection d'un Marine expérimenté au combat, Whitehorse ironise sur "des Indiens protégés par des cow-boys"). Les Par ce décor, Woo souligne aussi que les Navajos sont ancrés dans un territoire, where they belong, bien plus qu'ils ne sont intégrés dans la société américaine : il sera plusieurs fois question de leur réserve et leur présence au sein des forces armées suscitera des commentaires et des attitudes racistes. Vu du ciel, à travers les nuages, ce territoire apparaît comme un domaine préservé, exempt des tares de la civilisation ; un territoire où s'exprime librement le rapport des Navajos à la terre, à l'existence, le territoire des traditions, des rites que les deux Navajos Yahzee et Whitehorse emportent avec eux sur le front. Un domaine préservé, aussi, de la violence de la guerre, ce qui est évidemment paradoxal étant donné l'Histoire de la colonisation américaine. Mais il est vrai que les Navajos transportés au coeur des combats paraissent d'une innocence sans commune mesure avec la dureté ou le cynisme des "Blancs" ; ils partent avec optimisme et fierté se battre en Américains, et découvrent une réalité en totale inadéquation avec la paix qui émane des plans de Monument Valley.

De tout cela émane une forme d'ambiguïté de Windtalkers. D'un côté, le film dénonce la guerre, son absurdité, sa violence insensée qui s'exerce autant sur les corps que sur les âmes, déchirant les hommes et les poussant à faire taire, sinon à trahir, leurs principes. L'humain ne sort pas indemne de la guerre mais mutilé, marqué à jamais, incapable, comme Nicolas Cage, de se sortir de la spirale de la violence, subie et perpétrée avec une égale cruauté. De l'autre, on y sent une sincère admiration pour ces GIs que l'on suit au combat, jusque dans la figure du "plouc raciste" Chick, par sa capacité à mettre en question ses propres préjugés. Quelques scènes soulignent la fraternité des hommes au front, comme cette scène en nuit américaine où les soldats réunis en cercle évoquent les cow-boys au coin du feu dans le grand désert américain. Cette vision résolument positive - accentuée par le fait que les combats ne sont perçus que du point de vue américain, les Japonais n'apparaissant qu'en qualité d'ennemis, de manière très réductrice - inonde la séquence finale du film, où toutes les horreurs racontées durant le métrage semblent rachetées par le pardon de l'Indien. Le personnage de Nicolas Cage, symbole de toutes les contradictions de la guerre, accomplit sa rédemption dans le sacrifice de sa vie, de manière très classique.

Mais c'est aussi par cette ambiguïté que le film s'inscrit dans le "genre" du film de guerre américain. Rejetant la glorification inconditionnelle des combats et des combattants, qui correspond (grossièrement) à la perception que les Etats-Unis voulurent avoir de la Seconde Guerre mondiale, guerre de libération, Windtalkers dénonce ; mais il le fait en conservant le côté "mythique" du GI, à la manière de Il faut sauver le soldat Ryan qui s'ouvre sur vingt minutes d'horreurs quasi insoutenables avant de se poursuivre comme un film de guerre "à l'ancienne", de facture résolument classique.  TLP

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Published by Bloggieman - dans US cinéma
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Kimjongilia 14/06/2009 11:00

Vous mentionnez : "...la glorification inconditionnelle des combats et des combattants, qui correspond (grossièrement) à la perception que les Etats-Unis voulurent avoir de la Seconde Guerre mondiale, guerre de libération." Ah ! ces nuances en la réalité objective et ce qui est perçu est aussi intéressante, dans toutes ces nuances. On aurait peut-être pourtant ici une des rares guerres inattaquable "moralement", non ? Même si, naturellement, je le pense aussi, sa réalité est bien celle de toutes les guerres, qu'on imagine mal être différente de ce que décrit aussi ce film, sinon en pire. J'aime bien aussi cette réflexion que vous donnez dans le billet précédent à propos de l'"espace imaginaire" qui est aussi (ou vraiment) la réalité. Ne peut-on pas aussi, pour pousser encore la question, extrapoler cela aux représentations que se fait une nation ?

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