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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 04:03

LORD OF WAR, d' Andrew Niccol
Saturn Films / EMC, 2006

Les saigneurs de la Terre
Lord Of War d'Andrew Niccol est un film à voir ; non tant pour des raisons cinématographiques, même si le film est, artistiquement parlant, une réussite, assujetti à un rythme sans temps mort dont la gageure était de soutenir deux heures durant le procédé de la narration off qui, par son importance, risquait de devenir envahissant tant il est continu ; mais parce qu'il aborde sans ambages un sujet qui doit en fâcher plus d'un, surtout un Texan pure souche assis (de temps en temps, quand il n'est pas en train de pêcher ou d'avaler un Bretzel) dans certain bureau ovale.

Dans la salle où j'ai vu ce film hier soir, deux représentants d'Amnesty International s'étaient installés près de l'entrée pour accueillir les spectateurs. Ils recueillaient des signatures en rapport avec les négociations sur l'interdiction de lavente d'armes - de certaines armes - actuellement vendues par les plus grandes puissances de la planète. Et, ironiquement (quoique... l'ironieest si constitutive de notre société actuelle qu'elle en devient superfétatoire : elle est l'un des constituants irréductibles de la réalité d'aujourd'hui, qui affecte de manière profonde et durable la croyance que l'on peut encore avoir dans lesprincipes censés régir ce système), par quatre des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU. Un "détail" que souligne le film en préambule à son générique de fin.

Car c'est là l'aspect le plus indispensable de Lord Of War : il s'agit d'un pamphlet, d'une dénonciation "légère" et non sans humour (euphémisme) de la situation du trafic d'armes aujourd'hui. Certes, les trafiquants d'armes prolifèrent et tiennent un marché gigantesque ; mais ils ne représentent qu'une infime partie d'un trafic dont les plus gros tenants sont les grandes puissances, USA, Royaume-Uni, France et Chine. La fin du film est éloquente sur ce point et d'un cynisme absolu.

Ironie, cynisme... Voilà donc les mots qui permettent d'observer avec lucidité la manière dont  fonctionne le monde. J'allais ajouter "aujourd'hui" mais est-ce utile, ou même justifié ? Au fond, le monde a-t-il jamais fonctionné autrement ?

Dans Retour au Meilleur des mondes, Huxley constate lui aussi - devrais-je écrire "rappelle" ? - que le pouvoir est une chose dont l'être humain est tenté d'abuser ; N'IMPORTE QUEL être humain, ce qui inclut bien entendu vouset moi. C'est la raison pour laquelle la démocratie reste un bon système politique en dépit de ses errances et de ses imperfections ; elle tempère la tentation d'user du pouvoir de manière absolue, sans aucun frein. Mais le constat demeure, qui veut que le pouvoir reste la source d'abus, le moyen de la poursuite et de l'accomplissement d'intérêts personnels au détriment de l'intérêt général. En conséquence, ce ne sont pas les systèmes politiques qui font le bonheur ou le malheur des hommes, c'est la nature humaine ; et celle-ci s'exerce quel que soit le système politique.

La vision de Lord Of War est instructive, certes. Elle est aussi captivante... et bouleversante. Elle est dramatique, et va jusqu'au tragique. Car elle pose le constat d'une force incontrôlable qui mène le monde, et contre laquelle on ne peut pas grand chose : de tout temps, en tout lieu, le cynisme, la corruption et la barbarie prévalent sur le bien de tous.  TLP

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Published by Bloggieman - dans US cinéma
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