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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 03:40

Les mots sont une musique
C'est ce qui explique qu'ils exercent une fascination semblable au pouvoir qu'a sur nous la musique. Il m'arrive de lire une page entière sans vraiment en saisir le contenu, mais en me laissant porter par le rythme. C'est plus évident avec certaines littératures modernes, qui ont voulu "casser" le rythme classique, bien ordonné, de la phrase et du texte, pour en exploiter au mieux les ressources poétiques ; mais c'est une constante de la littérature, même dans une langue classique comme celle de Mauriac par exemple. Non que le sens n'ait pas d'importance ; une littérature qui n'est que rythme et mélodie n'a sans doute pas d'intérêt ; la musique doit exprimer quelque chose, ou elle n'est rien que du bruit. Une illusion. Mais on atteint sans doute la littérature quand le sens est mélodieux, et que la musique est en rapport avec le sens. C'est vague, je sais, mais j'avais envie d'écrire un texte vague, de toute façon. Parce que j'ai du vague à l'âme, ce soir. Juste pour ça.

Proust comparait sa phrase à une fleur japonaise ; une fleur de papier qui, mise dans l'eau, se déploie peu à peu et dévoile une ampleur d'abord insoupçonnée, mais une ampleur qui n'est pas simulée ou illusoire, une ampleur qui n'est que la révélation de la forme contenue dans la fleur dès le départ. Roulez en boule une feuille de papier délicat : vous obtenez une boule. Placez cette boule dans l'eau, elle va s'en gorger, se laisser imprégner et se déplier en une forme qui ne sera plus une boule mais qui n'en sera pas moins la forme vraie de la feuille de papier : ni boule, ni feuille lisse et sèche. Autre chose, et pourtant la même chose. Et vous l'observerez en train de passer d'une forme à une autre, de la boule primitive à la forme nouvelle, sans doute imprévisible car elle tient à l'eau qui l'imprègne, autant qu'à des circonstances minuscules que votre oeil ne perçoit même pas.

Le travail de l'écrivain est peut-être d'explorer ces formes, les étapes de la métamorphose, pour d'une forme primitive, "brute", tirer une autre forme élaborée. Mais pas unique. Un texte publié peut encore être travaillé ; il peut être amélioré par son auteur, ou simplement modifié pour s'accorder à une autre humeur, un autre moment, une autre fantaisie. Ce jeu de formes est fascinant. Comme les variations sur un thème musical.  TLP

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Published by Bloggieman - dans Ecriture
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commentaires

steph 22/09/2010 22:32


Waouh, Bravo. Que dire de plus ? De la profondeur, de l'intensité, rien de froid ni tiède ni vague. De la mélancolie aussi ; et cette fleur de Proust que je ne connaissais pas. Merci bloggieman


Bloggieman 12/08/2009 10:26

Merci Svetlana. Bien que le texte corresponde maintenant à une humeur d'un soir, il garde aussi pour moi une forme de vérité. Et la lecture continue d'être une musique à l'oreille de mon esprit, tandis que la fleur de Proust ne quitte jamais vraiment mon imaginaire.

svetlana 06/08/2009 20:10

J'aime beaucoup cette comparaison ! Elle me parle vraiment.

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