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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 03:22

L'ETRANGER, par Albert Camus
Folio, Gallimard, 1971

Etranger à la vie
"Un homme était parti d'un village tchèque pour faire fortune. Au bout de vingt-cinq ans, riche, il était revenu avec une femme et un enfant. Sa mère tenait un hôtel avec sa soeur dans son village natal. Pour les surprendre, il avait laissé sa femme et son enfant dans un autre établissement, était allé chez sa mère qui ne l'avait pas reconnu quand il était entré. Par plaisanterie, il avait eu l'idée de prendre une chambre. Il avait montré son argent. Dans la nuit, sa mère et sa soeur l'avaient assassiné à coups de marteau pour le voler et avaient jeté son corps dans la rivière. Le matin, la femme était venue, avait révélé sans le savoir l'identité du voyageur. La mère s'était pendue. La soeur s'était jetée dans un puits. J'ai dû lire cette histoire des milliers de fois. D'un côté, elle était invraisemblable. D'un autre, elle était naturelle. De toute façon, je trouvais que le voyageur l'avait un peu mérité et qu'il ne faut jamais jouer."

Albert CAMUS, L'Etranger. (Pour écouter le roman lu par son auteur.)

L'histoire du Tchécoslovaque, comme l'ensemble de L'Etranger, amène une réflexion sur la vie. Et son absurdité.

Le héros du roman, Meursault, ne ressent pas de tristesse particulière à la mort de sa mère. Pas plus qu'il n'en ressent après avoir tué un homme qui le menaçait d'un couteau. Un juge essaie bien de lui rappeler le sacrifice du Christ - pour le salut des hommes ! - mais rien n'y fait. La vie n'a tout simplement pas grand sens pour Meursault. Pourtant il n'a pas l'air méchant ; avant de tuer un homme, il menait une vie d'employé sans histoire, allait à la plage, faisait l'amour avec son amie Marie (pas la vierge, une autre). Il ne se posait pas beaucoup de questions, se moquait d'être l'ami d'un tel ou non, n'aimait pas mécontenter son patron mais au fond s'en fichait, n'avait plus d'ambition, ne cherchait rien qu'à vivre, un jour après l'autre, une vie sans histoire. Se marier avec Marie, peut-être - mais sans être certain de l'aimer. Il ne savait pas ce qu'il ressentait, simplement ; et quand on l'interrogeait sur ses sentiments il ne savait trop que répondre, embarrassé il disait la vérité, y compris à Marie qu'il ne lui semblait pas l'aimer, bien qu'il aimât être avec elle et la désirât.

Avec ce livre comme avec un autre, chaque lecteur est invité à interpréter le récit selon ses propres caractères. Pour ma part, je le trouve sympathique, ce Meursault, et son indifférence à la vie ne me choque pas. Qu'est-ce qu'une vie quand il y en a des milliards sur la Terre ? Posée ainsi, abruptement, sans faire "de sentiment", justement, la question n'a qu'une réponse. Objectivement, une vie d'homme est comme une vie de fourmi : on en écrase sans y penser, alors un être humain... ? Et c'est précisément là que réside le scandaleux de l'attitude de Meursault ; c'est un homme sans le sens de l'homme ; un esprit et un corps qui semblent dépourvus de sentiment, s'ils ne sont pas dépourvus d'émotion, comme le désir charnel. Où s'arrête la part animale et où commence - où devrait commencer - la part de l'homme ?

L'Etranger, Meursault, c'est l'homme révolté de Camus, celui qui n'adhère pas à la norme que l'existence cherche à lui imposer et qui, jusque devant ses juges, jusque dans sa prison, jusqu'au seuil de la mort, refuse d'embrasser une foi qu'il ne partage pas, à laquelle il reste irrémédiablement étranger.   TLP

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Published by Bloggieman - dans FRANCE littérature
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