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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 02:36

L'ADO PERDU, par Dave Pelzer
J'ai Lu, 2004

Comment s'en sortir
L'enseignant qui voit passer dans sa classe, chaque jour, des enfants dont il connaît parfois la situation familiale difficile (parent décédé, parents séparés et en guerre, enfant malmené voire maltraité, ou placé en famille d'accueil, etc., toutes situations hélas très "ordinaires"...) ou dont il constate l'état de doute, de déprime à des signes par trop visibles, se demande ce qu'il peut faire pour les aider. Il craint de s'immiscer dans leurs vies déjà suffisamment compliquées, de commettre une maladresse en faisant miroiter un soutien ou une aide qu'il ne sera pas forcément en mesure de donner, en tout cas sur le long terme ; il peut même lui arriver de vouloir adopter certains de ses élèves mais, évidemment, c'est une traduction fantasmée d'un désir tout simple : trouver un moyen de tendre une main à un gamin qui en a manifestement besoin et qui est perdu dans les mille et une questions de l'adolescence. Le collège est un passage essentiel de la vie de ces enfants, et il ne dispose pas de tous les moyens dont il aurait besoin pour régler leurs problèmes. Etre là, écouter, parler, c'est finalement ce qu'on peut faire de plus simple ; intervenir quand la situation est trop grave, c'est une autre étape, dangereuse pour tous mais parfois indispensable...

Pourquoi ces réflexions ?

Parce que le livre dont je veux vous dire quelques mots ici est en rapport avec elles.

L'ado perdu est la suite de Le Moins que rien, dont vous trouverez ailleurs la chronique. Dave Pelzer, l'auteur et le petit garçon mis en scène dans Le Moins que rien, a grandi ; c'est son adolescence, de douze à dix-huit ans, que L'ado perdu permet de suivre dans une nouvelle étape de son parcours. Enfin arraché à une mère démente qui le soumettait à des tortures à peine imaginables, David est confié aux services sociaux, dont on découvre de l'intérieur le fonctionnement. Les carences de ces services, aux Etats-Unis comme ailleurs, justifieraient plusieurs livres (qui, au demeurant, existent déjà). Mais L'ado perdu présente une expérience, celle de David, qui de famille d'accueil en nouveaux foyers éprouve la difficulté de s'insérer après une enfance maltraitée ; la difficulté de forger une identité cruellement compromise, voire niée par les tourments endurés ; la difficulté d'aimer et d'être aimé, de renoncer à sa famille biologique et d'accepter l'affection de "faux parents", a fortiori dans une société qui n'admet pas la maltraitance et qui traite ses victimes comme des coupables, cherchant à les nier eux-mêmes, en tant que personnes, pour faire disparaître le problème. De tout cela L'ado Perdu est le témoignage poignant ; l'expression est bien sûr passe-partout mais le livre s'accroche effectivement à vos mains, donnant à lire une prose fluide et un enchaînement de circonstances auxquelles on a peine parfois à croire, comme c'était d'ailleurs le cas dans le précédent volume. Mais cette invraisemblance même fait l'authenticité du livre ; quand on a approché, même de loin, les situations réelles de certaines familles, on peut difficilement douter que ces choses-là sont possibles, et se passent plus souvent qu'on ne voudrait le croire.

Il est inutile d'en écrire plus ; si le sujet vous intéresse, si vous voulez savoir tout en ayant l'impression de lire un roman, si vous voulez être touché et remué à la fois, L'ado perdu mérite que vous lui consacriez quelques heures.  TLP

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Published by Bloggieman - dans US littérature
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