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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 02:26

4. Mr. T, J.R. et les cours d'anglais
Je me souviens qu'un jour, lors d'un cours de dessin (on ne disait pas encore "arts plastiques", je crois, de même qu'on n'insistait pas pour appeler le sport "EPS" - c'était l'époque où la Technologie s'appelait encore "EMT" et les SVT "biologie"), j'avais dessiné Mister T, l'un des héros de la série Agence Tous Risques (c'était donc après l'été 1984, qui vit le programme débuter sur TF1 chaque dimanche en début d'après-midi), et peut-être l'équipe entière des héros de cette série. Un camarade avait admiré ce dessin mais m'avait aussitôt demandé pourquoi je perdais mon temps à dessiner ce genre de choses - à moins qu'il s'en fût étonné, sans la nuance de l'interrogation, constatant un fait plutôt que s'enquérant de mes raisons. Mon attrait pour la télévision était donc une passion communément condamnée, de manière plus ou moins embarrassante et culpabilisante pour moi ; à l'école on ne prenait pas cela très au sérieux, et cette science étrange que je pensais être seul à posséder me paraissait absolument inutile en dehors de mon univers ; ainsi me sentis-je gêné le jour où, pendant un cours d'anglais cette fois, à l'enseignante qui demandait à tous ce que signifiait le mot "soap" je répondis qu'il s'agissait d'un genre très en vogue aux Etats-Unis, encore inédit chez nous - je serais tenté d'en déduire que c'était donc avant 1984, année où l'arrivée de Santa Barbara eut vite fait de populariser ce genre chez nous et d'entraîner une invasion de programmes similaires dont on voit encore les fleurons à la télévision d'aujourd'hui, le matin ou en début d'après-midi, à l'heure de la sieste, mais je me trompe sans doute car il m'apparaît peu probable que j'eusse connu l'expression avant qu'elle ne fût utilisée dans notre pays ! -, de feuilletons américains diffusés quotidiennement (le soap opera) : mon professeur me regarda avec une curiosité bienveillante, ne sachant pas de quoi je parlais, ce qui rougit rapidement mes joues et fit monter à ma tête un flot de sang brûlant !

Chez moi, en revanche, ma "marotte" était vue et désignée clairement comme une manie dont l'étrangeté et l'a-socialité inquiétaient probablement ma mère et éveillaient chez mon frère et ma soeur un sourire, sinon un rire, où je percevais de la moquerie plus ou moins malveillante selon les jours. Il m'apparut au fil des années, tandis que la manie devenait obsession, que ma mère n'aimait guère me voir partir chez ma grand-mère - sa mère - avec mes copies doubles à petits carreaux sous le bras et les stylos de différentes couleurs qui me servaient à identifier clairement les dates, les titres des séries visionnées, les résumés, les noms d'acteurs et ceux de l'équipe artistique et technique, les premiers étant en vert tandis que les seconds avaient adopté le noir et les titres le rouge. Le bleu était la couleur "littéraire", celle des résumés et des commentaires dont je les faisais suivre parfois, consistant en renvois vers d'autres épisodes ou en remarques identifiant tel ou tel comédien comme celui qui jouait un autre rôle dans un autre programme.

Il serait distrayant, peut-être, de chercher à comprendre quels vides et quels manques cette folie cherchait à remplir. J'ai parlé d'insécurité et, ailleurs, de l'un des visages de celle-ci, l'insécurité familiale due à un père alcoolique et méprisable qui se disputait avec ma mère, "autoritaire" du fait même qu'elle avait à charge en l'absence d'époux convenable de tenir la maison debout et de pourvoir à l'éducation, à l'instruction, au couvert et à l'habillement de trois enfants. Nous étions en pleine adolescence, ma soeur et mon frère avec trois et un ans d'avance sur moi, et, ajoutant à l'inquiétude de me voir m'enfermer dans une activité qu'elle ne comprenait pas - bien qu'elle lût beaucoup et connût une période de "passion" pour Dallas, qui vivait ses années de gloire sur la première chaîne encore publique - le fait de découvrir mes pyjamas décolorés et amidonnés par l'expression corporelle des désirs qui parcourent la tête et les membres (un en particulier) d'un adolescent, ma pauvre mère devait se demander à quel genre d'adulte en devenir elle donnait le gîte durant toutes ces années où mon frère, lui, piquait des crises de nerf incontrôlables tandis que ma soeur cachait dans sa chambre l'ingratitude du rôle d'aînée, la culpabilité et l'obésité dont je devais découvrir bien plus tard les causes enfouies au fond de sa mémoire et, curieusement, de celle de ma mère elle-même.

A vrai dire, j'ignore toujours ce que ma mère peut penser de tout cela, et de cette passion obsessionnelle je n'ai guère reparlé avec mes frère et soeur depuis que nous avons gagné l'âge adulte, ultime refuge contre l'enfance en famille.

That's all, folks !

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