Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 01:51

1. Elle arrive !
La télévision est arrivée en 1976 dans la cuisine-salle à manger de ma grand-mère, qui habitait une maison de pierre au sol jadis de terre battue, juste en face de la maison que mes parents avaient fait construire dans le champ adjacent. 1976 est du moins la date dont je me souviens, mais que le souci d'exactitude devrait me pousser à vérifier si j'avais d'aventure l'intention, un jour, de publier un quelconque récit de ma modeste existence !

J'étais là lorsque le vendeur-technicien acheva l'installation. Observant ses gestes autour du poste installé dans un coin, près d'une armoire en bois ancien, sur une table à quatre pieds reposant sur des roulettes, je guettais l'arrivée sur l'écran encore inexpressif des premières images qui marqueraient réellement l'entrée de cet objet dans notre vie quotidienne.

J'avais cinq ans à l'époque ; on imagine ce que l'introduction d'un tel symbole pouvait signifier pour moi. J'étais loin cependant de me douter de l'importance qu'il prendrait dans ma vie, et de la façon dont ses images allaient très vite s'emparer de mon imaginaire et contribuer à le façonner, au même titre que les romans à l'eau de rose de ma mère, qui occuperaient aussi mes loisirs et m'apporteraient une autre source d'inspiration, complétée par les lectures scolaires.

Ce fut comme une apparition, ai-je envie d'écrire pour paraphraser le Flaubert de L'Education Sentimentale. Des pattes de chevaux galopant dans la poussière qu'elles soulevaient, course effrénée dans la poussière du désert américain, cet espace mythique que l'on a coutume d'appeler "grands espaces" (Big Country) et qui tient une place si essentielle dans la recréation d'une Amérique exportée dans le monde entier. Y avait-il meilleure introduction à l'univers contenu dans cette petite lucarne que cet enchevêtrement de membres chevalins, de poussière et d'images fugaces et dispersées de cavaliers lancés à la poursuite d'Indiens ou de bandits, à moins d'ailleurs qu'ils ne fussent eux-mêmes poursuivis. Sans doute : car quelles qu'eussent été les premiers éblouissements projetés par la lucarne, j'eusse aujourd'hui trouvé le moyen d'y lire une adéquation parfaite avec le symbole même d'un événement dont j'ai conservé surtout le sens, plus que les détails.

Des années qui suivirent et des modalités de mon assimilation de cet objet, il ne me reste rien. Peut-être saurais-je en retrouver quelques bribes en cherchant bien mais ce n'est pas essentiel. L'important est ce qu'il advint des années plus tard, tandis que j'entrais dans cette période riche en impressions que l'on a baptisée du nom de puberté. J'avais douze ou treize ans, je crois - si je m'en remets aux papiers conservés de cette époque -, lorsque je commençai à vouloir transformer les fantasmes irradiés par la boîte en réalités plus personnelles, ce qui est le propre, je suppose, de ce que l'on appelle assimilation. Papier et stylo sont les deux instruments qu'il faut introduire ici pour vous conter la suite : sur de petits bouts de papier carrés regroupés en un bloc, ce que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de "post it" sans doute, je griffonnais à la hâte les noms des personnages que je croisais devant la lucarne, le regard animé par une urgence de plus en plus pressante à mesure que je tentais de noter le plus d'éléments possibles ; non plus seulement les titres des programmes et les noms des personnages mais des éléments volés aux génériques, au début et à la fin des programmes.

D'où me vint ce désir compulsif de tout noter, je ne saurais le dire. Peut-être s'agissait-il d'une manière de me créer un "domaine réservé", sibyllin assurément pour tout autre que moi mais dans lequel je pouvais me déplacer à loisir, sans dépendre d'autre chose que de ma rapidité, mon exactitude, ma capacité à saisir le plus grand nombre de mots dans les pages mouvantes de la télévision. C'était l'époque où je commençais d'écrire mes propres histoires, inspirées de mes lectures littéraires et télévisuelles, où j'avais le désir de créer mes propres personnages, empruntant souvent, je pense, les noms que j'entendais et lisais, ainsi que des situations dont je m"imprégnais depuis des années. Telle était ma façon de me fabriquer une identité dont tous les adolescents ont besoin pour s'affirmer face au monde peuplé d' "autres" à la nature et aux pensées mystérieuses, potentielles menaces dans un monde de promiscuité obligatoire.

To Be Continued

Partager cet article

Repost 0
Published by Bloggieman - dans Ecriture
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le Blog de Bloggieman
  • : Livres, films, séries, société : Bloggieman vous livre ses impressions.
  • Contact

Rechercher

Pages