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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 19:23
28 JOURS PLUS TARD de Danny Boyle
DNA Films / 20th Century Fox, 2002
28 SEMAINES PLUS TARD de Juan Carlos Fresnadillo
Fox Atomic / DNA Films, 2007

La faim du monde

28 days 128 Jours plus tard commence par des images de violence : des hommes tuant d’autres hommes dans des conflits armés ou civils un peu partout dans le monde. Ces images sont projetées à un chimpanzé immobilisé devant une poignée d’écrans. La scène rappelle évidemment Orange mécanique. La violence des hommes contre les hommes est aussi importante ici que la violence des hommes envers les animaux. Puis des activistes pénètrent dans le laboratoire dans le but de libérer les animaux : mais ceux-ci tournent contre les hommes la violence apprise de ces derniers. Contaminés à des fins d’expériences, ils contaminent à leur tour les humains qui les ont violentés. La boucle est bouclée. Plus tard dans le film, lorsque le trio de rescapés formé par Jim, Selena et Hannah est accueilli par une poignée de militaires retranchés dans un château, le chef de la petite troupe déclare que la situation qu’il connaît depuis la propagation du virus est la même que celle qu’il connaissait auparavant : des hommes tuant d’autres hommes. Danny Boyle montre ainsi que le postulat de son film ne nous conduit pas dans une réalité déconnectée de la nôtre mais bien à une réflexion sur notre monde. La violence qu’il met en scène est une exacerbation de celle de nos sociétés.

Lorsqu’il sort du coma et se retrouve seul dans un Londres apparemment désert, Jim ne comprend pas ce qui se passe. Tenant à la main un sac plastique contenant des sucreries prises dans un distributeur éventré, il déambule dans la ville, à la recherche de ses repères perdus. Peut-être croit-il les trouver à l’intérieur d’une église : mais il n’y trouve qu’un monceau de cadavres et s’y fait attaquer par un prêtre au visage dément. Voilà pour les repères. Il ne doit sa survie qu’à deux survivants encore sains, Selena et Mark, avec lesquels il se réfugie dans une boutique transformée en camp retranché. Dès lors, le film épouse le seul mouvement qui puisse garantir la survie des rescapés : la fuite en avant. La rencontre d’un père et de sa fille les mène à la recherche de militaires dont ils ont capté le message d’espoir envoyé sur les ondes. Les ayant trouvés, ils découvrent le prix à payer pour la « sécurité » que leur offre l’armée, en fait un groupuscule d’assassins qui tire sa force d’un armement pléthorique.

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Point de sécurité donc, ni dans la religion ni dans l’armée. L’humanité est ici ramenée à la nécessité de survivre et à des instincts primaires : si les contaminés ont l’excuse de la maladie, les autres ne s’en comportent pas moins comme des brutes sanguinaires, prêts à tourner contre eux-mêmes la violence qu’ils administrent au nom de leur survie. Ce n’est d’ailleurs qu’en se transformant lui-même en assassin bestial que Jim parvient à libérer ses amies.

La conclusion du film nous ramène à la morale du Candide de Voltaire : un cottage isolé dans la verdure anglaise, où les trois rescapés s’occupent à leur propre jardin en attendant d’être sauvés.

28 days 4L’efficacité du film de Danny Boyle, indépendamment de l’histoire elle-même, réside dans la mise en scène où l’hystérie de la violence est tempérée par la beauté des images et les fenêtres que des séquences plus calmes ouvrent sur une autre voie possible que la violence. La relation de Jim avec Selena illustre cette autre voie, fondée sur l’entraide, la confiance et peut-être l’amour, pour peu qu’on s’y ouvre. Au désespoir lapidaire de Selena s’oppose le désir d’y croire de Jim, et les lendemains dont Hannah, adolescente, est la promesse. La découverte que la contamination n’est pas mondiale participe de cette ouverture : le reste du monde existe encore, comme s’en rend compte Jim en apercevant dans le ciel le sillage d’un avion à réaction. L’échappée des rescapés hors de Londres, en taxi, propose aussi une alternative à la maladie et à la mort, un moment quasi bucolique interrompu par la parenthèse militaire. L’armée représente ainsi une fausse promesse de sécurité, tandis que la communauté formée par Jim, Selena et Hannah représente le véritable salut.

28 semaines 128 semaines plus tard, tourné cinq ans après, s’ouvre sur une séquence d’une grande efficacité qui établit le personnage de Don (joué par Robert Carlyle)  tout en rendant hommage à La nuit des morts vivants de Romero. L’action se situe au plus fort de la contamination, puis se transporte 28 semaines plus tard, lorsque le virus est – apparemment – éradiqué, les contaminés étant tous morts de faim. Le réalisateur Juan Carlos Fresnadillo reprend l’hystérie des plans montrant les contaminés et opte pour une surenchère dans la violence. La scène du meurtre d’Alice par Don est un moment de torture insupportable qui achève de mettre à mal les bons sentiments déjà échaudés par la séquence d’ouverture. Hélas, si le film fait preuve d’une efficacité indéniable, il échoue à recréer des personnages véritablement attachants autant qu’à développer un récit cohérent. Il se présente plutôt comme un jeu video construit sur l’idée d’une recrudescence du virus et la succession de scènes de massacre visuellement réussies, soit, mais assez vaines sur le fond. Sa conclusion persiste et signe dans la volonté de « voir plus grand » sans ajouter quoi que ce soit au propos du film originel ; de quoi attendre 28 mois plus tard, annoncé pour 2011…
Thierry LE PEUT

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Published by Bloggieman - dans MONDE cinémas
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